Stève Viès, un artiste habité par la culture mandingue

Photo fournie par Stève Viès

Artiste multidisciplinaire, animateur culturel et grand voyageur, Stève Viès nourrit une passion pour la culture mandingue, présente dans certains pays de l’Afrique de l’Ouest. Il partage joliment cet amour à travers ses pratiques artistiques, dont l’art textile, la photographie et la musique. Dans le cadre de l’exposition Impressions de terre, Le Culte a rencontré cet artiste fascinant.

C’est dans l’Espace Cascades de la TOHU que trônent sur les murs de grands bogolans, ces tissus traditionnels africains, ainsi que de nombreuses photographies et vidéos montrant le processus de préparation des teintures. Les pièces d’art textile affichent des couleurs qui rappellent la pureté d’une nature inaltérée. Leurs motifs dynamiques sont parfois ornementés de coquillages et de filaments colorés. 

« Tout ce que vous voyez ici est une cocréation. À partir des toiles, j’ai finalisé les coutures et conçu les systèmes d’accroche », explique Stève Viès. L’exposition résulte de sa collaboration avec plusieurs artisans et artisanes originaires du Mali, dont le maître sculpteur Aboubacar Konaré et le maître artisan Badri Dembele.

Stève Viès est aussi le fondateur de l’Émerveil Mandingue, entreprise qui offre des animations culturelles et des spectacles musicaux inspirés de l’Afrique de l’Ouest et axés sur le chant, la danse, le conte et la marionnette.

La naissance d’une passion

La première étincelle de cette affection pour la culture mandingue est apparue en 1993 alors que l’artiste au début de la vingtaine a joué du djembé pour la première fois. « Je me souviens qu’au moment où j’ai frappé sur la peau du tambour, mon corps a vibré, se remémore-t-il. J’ai senti une émotion puissante monter en moi et, à ce moment précis, je ressentais un plaisir inégalé. »

Cette pulsion l’a mené jusqu’en Afrique à plusieurs reprises, où s’est développé son intérêt pour la dimension culturelle du continent. Un stage international, sa première rencontre avec l’Afrique, lui a donné accès aux enseignements ethnoculturels du tambour. « Quand j’y suis retourné deux ans plus tard, j’ai vraiment vécu l’essence de ma passion : j’ai partagé avec les gens, j’ai participé à des cérémonies et j’ai joué de la musique dans un contexte traditionnel », raconte-t-il.

Lors de ses voyages au Mali, Stève Viès a effectué un archivage vidéo des significations des idéogrammes, symboles présents sur les tissus afin de raconter des histoires : « Les idéogrammes forment un alphabet, une écriture qui donne des valeurs aux symboles », explique-t-il. Ses visites guidées, offertes lors d’Impressions de terre, permettent au public de se familiariser avec certains de ces idéogrammes. L’artiste affirme que les pièces magistrales de l’exposition représentent des pans importants de la culture mandingue. 

Le syndrome de l’imposteur

L’enjeu de l’appropriation culturelle a fait l’objet de nombreux débats dans les dernières années au Québec. Dans un souci de respect des communautés culturelles africaines, Stève Viès s’est beaucoup questionné sur la justesse de ses actions. « J’ai réalisé que j’étais envahi d’une joie profonde en sol africain et que mes activités avaient une portée, mais aucune ambition à être reconnues, indique-t-il. J’ai dû faire face au syndrome de l’imposteur : je suis blond aux yeux bleus! », reconnaît-il.

Il considère que sa qualité artistique réside dans le regard qu’il porte sur une autre culture : il est, en quelque sorte, un facilitateur entre le Québec et le Mali ou l’Afrique de l’Ouest et sa diaspora.

La collectivité, une aspiration

Agissant à titre de médiateur, Stève Viès cherche constamment à orienter ses projets et ses réflexions vers la collectivité : « Ce qui fait sens dans ma nature profonde est d’aller de plus en plus vers le collectif, car on vit dans un monde polarisé. Pour accueillir plus de lumière, il faut savoir réduire l’ombre. »

Pascale Leclerc

Auteur Pascale Leclerc

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