À la chasse à l’image avec Éliane Excoffier

Crédit photo: Éliane Excoffier, aperçu inédit Nightlife au Pinacle (été 2022)

Installée au creux de son fauteuil, à l’abri de la tempête faisant violemment danser les arbres à l’extérieur de sa résidence des Cantons-de-l’Est, Éliane Excoffier se livre sur sa pratique artistique hors du commun. Le Culte rencontre une photographe qui aborde son travail de façon inusitée, parfois armée d’un appareil argentique antique ou encore d’une caméra de chasse.

Enfant de la campagne, Éliane Excoffier poursuit des études en arts visuels à Montréal, où elle fait ses premiers pas dans l’univers de la photographie argentique. Elle est dès lors captivée par cette méthode qui la suivra tout au long de sa carrière ; l’artiste n’a que tout récemment adopté le médium numérique. « Même là, j’ai une caméra numérique et vingt-cinq caméras argentiques! », admet-elle en rigolant. L’une de celles collectées au fil des années provient de l’Union soviétique d’avant-guerre. Une autre, de type camera obscura, a été fabriquée de toutes pièces par la photographe.

Dans sa chambre noire sous la lumière rougeâtre des ampoules inactiniques, la photographe trie ses plus récents négatifs. Elle les plonge ensuite dans des bains chimiques qui révèlent les détails des clichés. « J’adore voir apparaître l’image. C’est cet effet de surprise qui rend l’argentique si excitant », ajoute-t-elle.

Fables : allégorie animalière

En 2013, Éliane Excoffier quitte la ville pour emménager à Sutton. « En vivant à la campagne et en cohabitant avec des animaux au quotidien, je suis devenue très sensible à la faune qui nous entoure et à sa fragilité », partage-t-elle. Animée d’une prise de conscience écologique, la photographe élabore la série Fables en 2015. Cette dernière prend la forme d’une suite narrative d’images énigmatiques, évoquant un conte où les animaux sont protagonistes.

Photo : Éliane Excoffier, Fables « Blind red » (2015)

Nightlife : la vie secrète de la faune

La coexistence entre humains et animaux sauvages inspire la photographe : « C’est absolument fascinant qu’on cohabite avec les animaux. On ne les voit pas, mais eux nous voient », remarque-t-elle. À ses yeux, il est enrichissant de découvrir la vie secrète de la faune et de la contempler sans dérangement, ce qu’elle fait à l’aide de caméras de chasse à détecteur de mouvement. « Je me suis dit : pourquoi ne pas utiliser ces caméras pour aller à la chasse, mais à la chasse à l’image », explique-t-elle. L’idée aboutit en 2018 par le biais de l’exposition Nightlife. Dans l’œil monochrome des caméras infrarouges, les silhouettes des créatures nocturnes ont une apparence fantomatique.

Éliane Excoffier est actuellement en plein processus de cueillette d’images pour donner suite à Nightlife, cette fois par le biais de caméras installées sur la Fiducie foncière du mont Pinacle, une réserve naturelle. « Les captations vont permettre d’inventorier les animaux et d’identifier les corridors fauniques. Au final, ce sera un projet à la fois artistique et scientifique afin de sensibiliser à la préservation de cet écosystème », indique la photographe.

Photo : Éliane Excoffier, Nightlife (2016)

Elle s’anime en décrivant la révélation des images et vidéos collectées, les yeux rivés sur l’écran où apparaît un superbe coyote. Il rejoint en quelques pas légers le bord d’une rivière avant de s’y immerger complètement. Son épaisse fourrure flottant autour de lui, il s’éloigne à la nage pour disparaître dans l’obscurité.

Un instant envoûtant qu’on ne pourrait observer autrement, la présence humaine altérant inévitablement les comportements de la faune. « Malheureusement, plus il y a de fréquentations humaines, moins on voit d’animaux et plus ils sont repoussés du territoire », ajoute l’artiste. Le privilège de contempler l’animal dans son intimité à travers Nightlife provoque inévitablement une réflexion douce-amère sur l’impact de l’humain sur la nature.

Photo : Éliane Excoffier au travail

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