Entretien avec Kam Vachon: une lentille qui raconte des histoires

Ce qu’a accompli Kam Vachon en un peu plus de deux ans comme photographe surpasse pratiquement l’imaginaire. En manœuvrant à travers un horaire chargé car aussi étudiante à l’UQAM en communication marketing, elle a arpenté le globe en quête de déracinement et d’instants à partager. 

Mars 2018. Camille gagne sa vie comme DJ et gérante de production. La fameuse night life montréalaise l’étourdit et le changement la sollicite. Elle se procure une caméra, se familiarise avec le jargon technique, puis saute dans un avion dont le nez pointe le Pérou. « La photo, je l’ai touchée pour la première fois là-bas, et depuis, je n’ai pas arrêté », affirme-t-elle, en entrevue avec Le Culte. La simple présence d’un appareil photo entre ses yeux et l’inconnu lui a offert les possibilités de comprendre ses alentours et d’outrepasser le tourisme.

Photo: Kam Vachon, Pérou, mars 2018.

Presque naturellement se sont additionnés le Vietnam, la Nouvelle-Écosse, Terre-Neuve-et-Labrador, le Pérou une seconde fois, puis l’Antarctique, lorsqu’elle a remporté un concours tenu par Oceanwide Expeditions contre plus d’un millier de participants. Rejoindre ce continent de glace avait la symbolique du « rêve d’une vie » pour la jeune femme de 24 ans, pour qui la nature et sa préservation ont toujours occupé une place prépondérante.

L’expédition de dix jours avait pour nobles buts de documenter les changements climatiques puis, au retour, de sensibiliser les jeunes des écoles primaires du Québec au moyen de conférences.

Un autre contrecoup, plus personnel, s’est aussi manifesté : l’amplification du sentiment d’urgence qui habitait déjà Camille. « J’étais sur un zodiac, en train de photographier des pingouins, et je ne pensais qu’à Montréal, à sa pollution et à ses buildings. Mes valeurs environnementales se sont encore plus forgées en moi », avance-t-elle.

Photo: Kam Vachon, Antarctique, janvier 2020. 

Un appel à défier le confort

Kam Vachon est de ces professionnelles dont le travail, qu’elle qualifie de « passeport sur le monde », est piloté par la passion et la conviction. La Lavalloise d’origine, dont l’amour de l’aventure a précédé celui de la photo, admet que les deux mondes « s’agencent parfaitement ». Par le biais de son art, elle lance un appel puissant à la découverte de l’étranger, à l’adrénaline de la nouveauté et, surtout, à la marginalité. « Sans vouloir dénigrer ces métiers, être avocate ou policière et mener une vie plutôt traditionnelle, ça ne m’a jamais parlé, confie-t-elle. J’ai souvent été perdue là-dedans. » 

Photo: Kam Vachon, Patagonie, 2020.

Aujourd’hui les deux pieds plantés dans la vocation qu’elle a décidé de faire sienne, l’étudiante achemine ses images vers les autres avec un souci éminent d’authenticité. « Je veux que mes photos collent à la réalité et qu’elles reflètent ce que j’ai ressenti au moment de les prendre », témoigne-t-elle.

Alors que certain.e.s accordent des heures à la modification – lumière, saturation, etc. – de leurs œuvres, Camille refuse d’y passer trop de temps et, du même coup, d’altérer l’essence de ses clichés. Ce désir d’un partage honnête déteint même sur sa satisfaction, une fois le paysage capturé. Elle donne l’exemple d’un magnifique glacier immortalisé en Patagonie suite au maigre effort de prendre le bus. « Je suis beaucoup plus fière d’une photo moins impressionnante, mais prise après huit jours de randonnée et beaucoup de souffrance », assure la jeune femme.

Photo: Kam Vachon, Patagonie, 2020. Glacier Perito Moreno.

Photo: Kam Vachon, Pérou, novembre 2019. Trek de la Cordillère Huayhuash, 5490 m. Durée: 8 jours.

Le piège de la comparaison

Quand on lui demande si elle est parfois déçue de ses portraits lorsque confrontés à ses attentes initiales, la photographe répond par l’affirmative et pointe aussitôt les médias sociaux du doigt. Tout en concédant qu’ils lui offrent une tribune, elle déplore les « cercles vicieux de comparaison » et les « remises en question » qu’entraîne Instagram, notamment. « Si un ou une photographe lit ton article, j’aimerais lui conseiller de consulter le moins possible les réseaux s’il cherche à s’inspirer, pour ne pas trop se conformer à la mode », avance-t-elle.

Ouvrir un livre, étudier de « vrais de vrais » spécialistes en la matière, regarder un film… Quelques simples gestes qui l’inspirent et sculptent son style pur et lumineux qui, systématiquement, fait tant de bien à l’œil.


Passage pour le post : Aujourd’hui les deux pieds plantés dans la vocation qu’elle a décidé de faire sienne, l’étudiante achemine ses images vers les autres avec un souci éminent d’authenticité. « Je veux que mes photos collent à la réalité et qu’elles reflètent ce que j’ai ressenti au moment de les prendre ».

Noémie Rochefort

Auteur Noémie Rochefort

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