Vanishing Mélodies, grande évasion de la mémoire

Crédits photo: Sasha Onyshchenko

Les Ballets Jazz de Montréal (BJM) ont renoué avec le public montréalais pour la première fois depuis le début de la pandémie, le 2 novembre dernier à la Place des Arts, grâce au spectacle d’envergure dansé sur les chansons envoûtantes de l’auteur-compositeur Patrick Watson Vanishing Mélodies.

Présentée par le diffuseur montréalais de danse contemporaine Danse Danse, la chorégraphie a fait valser côte à côte le théâtre, la musique et la danse sur la scène du Théâtre Maisonneuve. Le metteur en scène Éric Jean avait déjà travaillé avec les artistes des BJM en 2017 pour Dance Me, création inspirée de l’œuvre de Leonard Cohen. Il effectue une démarche similaire dans Vanishing Mélodies en rendant hommage à la musique inimitable de Patrick Watson avec les chorégraphes Anne Plamondon et Juliano Nunes à ses côtés.

Danser les souvenirs qui s’effritent

Les créateurs mettent la table dès les premières minutes quant à ce qui attend l’auditoire pour la prochaine heure et quart. Une trame narrative liée à l’œuvre de l’auteur-compositeur canadien s’impose rapidement, mettant en vedette l’actrice Brigitte Saint-Aubin. Celle-ci reçoit un diagnostic d’alzheimer et sa réaction donne suite à des séquences riches en émotions. Prise de panique, elle étale ses souvenirs dans un vieil abribus trônant au centre de la scène, que les interprètes déplacent des côtés cour à jardin au gré des changements musicaux et des thèmes abordés.

Le passé du personnage prend vie dans les mouvements des danseurs et des danseuses. Les morceaux de mémoire auxquels la protagoniste se raccroche sont alors imagés, notamment le bien-être que l’immersion en forêt, qui permet de plonger profondément en soi, lui fait ressentir. Vanishing Mélodies se métamorphose en ôde à l’amour, la danse évoquant avec tendresse la sensation des mains de l’être aimé sur le corps.

Une mélodie pour les yeux

Le groupe de danseurs et danseuses et les airs de Patrick Watson se font mutuellement honneur. Les mouvements s’harmonisent avec la musique onirique, suivant les rythmes variés des morceaux. Des tableaux impressionnants, qui occupent pratiquement tout l’espace scénique, se forment en une synchronisation parfaite. Les 14 interprètes se déplacent constamment et donnent l’impression que le spectacle se renouvelle à chaque chanson. Des portées empreintes à la fois de douceur et de douleur surprennent par des jeux, qu’on croirait de hasard, où les corps suspendus dans les airs retombent gracieusement dans les bras solides des athlètes.

Au milieu du spectacle, les notes de la magnifique chanson The Great Escape ont envahi la salle pour animer un duo mémorable. Le couple ne semblait former qu’un seul être : les interprètes s’appuyaient l’un·e sur l’autre dans une mer de contacts électrisants. En a résulté une prestation à couper le souffle mettant en valeur une souplesse souvent acrobatique.

Ambiance immersive

C’est dans des habits sobres aux couleurs naturelles rappelant les troncs d’arbres, les feuilles et l’eau que les corps, mis en valeur, se sont mus. Le décor simple, mais changeant, comprenant notamment des projections vidéo de paysages et de personnages ainsi que des effets stroboscopiques, a permis d’appuyer à merveille la profondeur de l’histoire dansée.

C’est un choix audacieux que de mélanger autant de formes d’art sans qu’elles se fassent d’ombre entre elles. Les croisements parfois brusques entre les scènes théâtrales, les mélodies de Watson et l’exécution de la chorégraphie laissent perplexe à quelques reprises. Toutefois, le léger manque de clarté de certains concepts est facilement pardonné par la grande liberté d’interprétation délibérément accordée aux spectateurs et spectatrices. Comme à leur habitude, les BJM sortent des sentiers battus en proposant des moutures moins conventionnelles : c’est un vent de fraîcheur qui se prend avec plaisir.

Sophie Mediavilla-Rivard

Auteur Sophie Mediavilla-Rivard

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