Rose et la machine : plaidoyer pour la neurodiversité

Crédits photo: Danny Taillon

Quand sa fille Rose a reçu un diagnostic de trouble du spectre de l’autisme (TSA), la vie de l’actrice Maude Laurendeau a basculé. Cri du cœur pour la neurodiversité, soit l’acceptation et la reconnaissance de la variabilité neurologique humaine, Rose et la machine expose les rouages d’un système inadapté à cette réalité. 

Rappelant J’aime Hydro, pièce écrite et jouée par la comédienne Christine Beaulieu, Rose et la machine mêle l’éducatif à l’intime. Produites par la compagnie Porte Parole, les deux œuvres s’inscrivent dans l’émergence du théâtre documentaire au Québec au cours des dernières années. L’histoire personnelle de Maude Laurendeau sert donc de véhicule pour explorer la parentalité d’une enfant autiste, tout en reflétant les innombrables failles des systèmes de santé et d’éducation.

Entre jeu et sensibilisation

Respectivement mère et marraine de la petite Rose au quotidien, les belles-sœurs Maude Laurendeau et Julie Le Breton, complices, sont seules à occuper les planches. Alternant entre ses rôles de vulgarisatrice et de mère, Maude Laurendeau prend l’audience par la main, la guidant dans cette mécanique défectueuse qu’est le système public. 

Profondément vulnérable, Maude Laurendeau se livre tout entière sur scène. Les passages où l’actrice cite des entrées du journal qu’elle a commencé à rédiger afin de ventiler et de reconnecter avec sa fille sont bouleversants. Par son introspection, l’autrice et interprète dissèque la source du rapport à la différence, prenant peu à peu conscience de l’« échelle de la valeur humaine », comme elle-même le dit, dans une société loin de l’inclusivité.

Julie Le Breton incarne quant à elle la quarantaine de personnages avec laquelle interagit Maude au long de sa quête de réponses. D’une secrétaire de CLSC à l’enseignante de Rose, en passant par le père anglophone d’un enfant autiste et une panoplie de spécialistes, Julie Le Breton porte toutes ces voix. 

Pour donner vie à chacune d’entre elles, l’actrice se voue à leur insuffler une individualité, sans toujours y parvenir. Les accents et intonations auraient gagné à être retravaillés pour être plus nuancés : certains finissent par se ressembler. La partition de Julie Le Breton rythme et dynamise néanmoins la pièce de près de deux heures, la comédienne insufflant par moments l’humour dans le récit.

Le droit d’exister

Mise en scène par Édith Patenaude, qui montait également Les sorcières de Salem d’Arthur Miller au Théâtre Denise-Pelletier cet automne, Rose et la machine s’articule comme une série de tableaux qui présentent les allers et retours de Maude dans les dédales du système public. 

La scénographie, conçue comme une aire de jeu pour enfants, s’allie à cette idée de progression dans un labyrinthe : les comédiennes se déplacent sur des lignes tracées au sol qui rappellent celles d’une cour de récréation. Elles sont coincées dans ces voies sans fin, les ramenant souvent à la case départ. 

Édith Patenaude exploite la richesse du décor pour illustrer le thème de l’enfance, au sens propre et au sens figuré. Le module de jeux, ici, symbolise autant la structure où jouent les enfants que celle, beaucoup moins amusante, dans laquelle évolue Maude. Une image critique qui renvoie précisément à l’absurdité du système. 

Ne perdant pas de vue sa position privilégiée, Maude Laurendeau est consciente que tous les parents n’ont pas eu la chance d’être soutenus comme sa famille l’a été. Mais comme l’un des personnages interprétés par Julie Le Breton le dit, intégrer la société n’est pas un privilège, c’est un droit. 

Rose et la machine est présentée au Théâtre Jean-Duceppe jusqu’au 18 décembre. Toutes les représentations seront également retransmises en direct par captation audio sur le site de Porte Parole.

Marc-Antoine Franco Rey

Auteur Marc-Antoine Franco Rey

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