Lignes de fuite : tempête dans un verre d’eau

Six ami(e)s sont réunis le temps d’une pendaison de crémaillère dans un appartement hip de Montréal. Gabrielle, Raphaëlle et Zorah se connaissent depuis leur secondaire. Louis, Jérémie et Olivia sont les conjoints respectifs des trois filles. Entre passé et présent, hier et aujourd’hui, les protagonistes ont bien changé. Leurs opinions deviennent de plus en plus antithétiques. Plus la soirée avance, plus on sent la tension monter et un fossé se creuser entre les trois filles. Bien ancrée dans le présent, avec de nombreuses références à l’actualité, la pièce présente des personnages imparfaits et hauts en couleur, pour le meilleur et pour le pire.

C’est donc par une prémisse intéressante et réaliste que l’autrice Catherine Chabot a décidé d’aborder la conjoncture droite-gauche, les relations interpersonnelles et notre rapport au monde aussi cynique ou optimiste soit-il. Dans un décor léché signé par l’Atelier Zébulon Perron, les personnages évoluent dans un monde design aux mille miroirs, reflétant le drame, mais renvoyant aussi au public sa propre image, comme si ce dernier était un agent actif de l’histoire qui prend place devant ses yeux. La plume de Catherine Chabot est tranchante et incisive alors qu’elle dresse un portrait réaliste des jeunes trentenaires dans un Québec contemporain. Rythmant la pièce avec plusieurs moments humoristiques, les personnages sont sous haute-tension du début à la fin, accumulant les moments de malaise devant des spectateurs qui ne peuvent s’empêcher de rire jaune à moult reprises.

Si le texte est habilement ficelé, force est de constater que les personnages sont assez caricaturaux. Alors que Raphaëlle, l’avocate un peu stock up de Québec sort avec Jérémie, le bon gars un peu mononcle, Gabrielle, qui vit à Montréal, est la fille de communication qui parle trop fort, et ce, au mauvais moment. Louis, son chum avec qui elle est en relation ouverte, cruise ouvertement Olivia, la copine artiste anglophone peace and love de Zorah, la fille de finance qui pense que l’avenir appartient au plus riche, alors que ces parents ont immigré de l’Algérie. ll aurait été intéressant de sortir des carcans traditionnels pour amener un peu plus de nuance chez les personnages qui deviennent prédictibles et pour qui le public a beaucoup de mal à s’attacher. Bien que la construction de leur identité est au service du côté satirique du texte, un peu de variation dans leur caractère aurait amené une autre sorte de rythme à la pièce qui semblait être sur le 110 volts du début à la fin.

Cependant, les acteurs ont su maintenir le public captif à la soirée désastreuse qui se déroulait sous leurs yeux.  La musique présente durant toute la pièce a su teinter les moments d’émotions en créant une forme de bulle autour des interprètes. Il y en avait d’ailleurs pour tous les goûts alors que l’ambiance musicale passait habilement de Björk à Usher. De plus, l’hyperréalisme du décor, et les petits détails recherchés du scénario, passant d’un humidificateur au vin nature, ont créé un univers familier, nous rappelant nos propres soirées trop éméchées où les mots se mettent à voler comme des claques.

Dans ce décor en apparence parfait, les travers des personnages étaient d’autant plus visibles et les couteaux volaient d’autant plus bas.

La pièce est présentée jusqu’au 6 avril au Centre du Théâtre d’aujourd’hui.

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