La 9e édition du festival Pleins Écrans présente chaque jour quatre nouveaux courts-métrages d'ici, gratuitement sur le Web. Du 23 janvier au 1er février, une sélection toujours aussi diversifiée étale les perles trop bien cachées du cinéma québécois.

En soirée d’ouverture au cinéma Beaubien, les quatre premiers films rassemblent une communauté de cinéastes de haut calibre ayant à cœur la percée des court-métrages québécois.
Kimono de cuirette & tapis de prélart
La réalisatrice et productrice Sandrine Brodeur-Desrosiers (Pas d'chicane dans ma cabane!) se met en scène dans Bail Bail, un film de kung-fu accompagné d’une critique sociale humoristique qui oppose deux colocataires de longue date à leur nouvelle propriétaire.
Cette histoire vraie ne pourrait être plus actuelle en abordant la crise du logement et l’éviction abusive. Les cascades ont été minutieusement chorégraphiées vu les poses sophistiquées et la violence des combats à la Tarantino. Entre le petit père noël dansant, l’immense bulle menaçante et le ragoût qui éclabousse, les petits détails en font une œuvre remarquable.

Conte psychédélique pour tous·tes
Un trou dans la poitrine (2023) du couple de cinéastes Alexandra Myotte et Jean-Sébastien Hamel représentait le Canada en vue des Oscars 2025 du meilleur court-métrage d’animation.
Une jeune femme en colère et son petit frère perdu dans son imaginaire se rendent à la piscine à travers une fable aux transitions audacieusement imagées. Le ciel qui devient piscine quand on y plonge, les scènes de vie qui s’illustrent sous les traits de la mythologie grecque et une vibrante finale nous perce un trou dans le cœur.

Un trou dans la poitrine, Alexandra Myotte et Jean-Sébastien Hamel
Écran de pollution
Le documentaire de science-fiction Zug Island (2022) transporte son auditoire dans un monde dystopique non loin d’ici, à Windsor en Ontario, près de Détroit. Les sublimes images du documentariste Nicolas Lachapelle mettent en scène un preneur de son, Tiago McNicoll Castro Lopes, qui tente d’établir un dialogue avec la très petite communauté d’un village fantôme.
Afin de trouver l’origine du hum de Windsor, ce mystérieux son qu’ils n’entendent pas tous, les théories loufoques sur sa provenance se multiplient. L'intrigante enquête, les témoignages extrêmement révélateurs et percutants des résident·es isolé·es dans un village aux mains des motards en valent certainement le clic.

Couper court
Thierry Sirois, une pointure de la postproduction, et Rodolphe Saint-Gelais, auquel on doit l’intro animée de Dédé, à travers les brumes (2009) nous offrent Les fleurs sauvages.
Croyant simplement livrer des instructions à une amie qui occupait son chalet au terrain touffu, l’interminable message vocal de l’acteur Christian Bégin se transforme en sketch humoristique d’animation qui fait s’esclaffer la salle. Ce court-métrage anecdotique aura surtout encouragé davantage Curieux Bégin à continuer ses longues tirades sur les boîtes vocales.

Voir grand
On doit Pleins Écrans entre autres au réalisateur et scénariste Patrice Laliberté (Jusqu’au déclin), qui a fondé en 2016 le premier festival uniquement sur le Web. Plus d’un million de visionnements plus tard, le festival s’est doté d’un balado et d’un canal de diffusion à l’année sur la plateforme Patreon.
Le site Web de Pleins Écrans et leur page Instagram sont de nouveaux points d’accès aux films tout au long du festival, eux qui n’opéraient que sur Facebook à leurs débuts. Des événements en salle sans frais ont également lieu pour ceux et celles qui préfèrent s’éloigner d’Internet et de Meta le temps d’une soirée.
Jurys d’une journée à la fois
Le jury formé des acteurs Jean-Carl Boucher (1981,1985, etc.), Nahéma Ricci (Antigone) et du réalisateur Aziz Zoromba (Simo) critique 24 des 36 courts-métrages qui sont en compétition.
Huit généreux prix totalisant 45 000$ en bourses et services récompensent notamment les œuvres qui susciteront le plus d’engouement sur Facebook. Cinéphiles comme non-initié(e)s doivent partager, réagir, commenter puis recommencer le lendemain quand minuit sonnera.
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