Oscar et ses femmes

L'actrice Patricia Arquette

Il y a plusieurs semaines de cela, des gens très riches figés par le spray net et le fond de teint se sont réunis afin de s’échanger des statuettes brillantes qui serviront à décorer leurs étagères. Vous avez bien compris qu’il s’agit de la fascinante soirée des Oscars. Cette année, la statuette de « Academy Award For Best Picture» (Oscar du meilleur film) de  2015, la plus prestigieuse de toutes, trônera tout près de la cheminée  d’Alejandro González Iñárritu, réalisateur du film Birdman.

Lorsque l’on regarde la liste des films qui ont été sacrés « Best Picture » durant ces dernières années, on remarque que, malgré la variété et la qualité des longs métrages qu’on y présente, la majorité des personnages principaux sont des hommes… À l’image de la statuette.

Effectivement, il faut remonter à 2005 dans le film One Million Dollar Baby pour voir un long métrage oscarisé « Best Picture» qui mettait en premier plan une femme. Qui l’eût cru, une fibre « féministe » sommeillait dans le cœur du réalisateur, le fervent républicain Clint Eastwood.

Dans les dix dernières années, certains des films qui se sont mérités le prix nous ont tout de même présenté des personnages féminins qui n’incarnaient pas LE personnage principal du film, mais toutefois des personnages assez forts et importants, comme on a pu le voir dans The Artist (2012) ou Slumdog Millionaire (2009). Tout de même, on préfère que nos héros partagent une histoire d’amour avec une fille plutôt qu’un homme afin de ne pas trop choquer les mœurs des spectateurs. Il reste que le prix donné par l’Académie est avant tout un prix pour célébrer la culture… une culture majoritairement blanche et masculine.

Le problème ne sommeille pas dans la cérémonie elle-même, mais bien dans l’ensemble de l’industrie contrôlée par une élite « testostéronisée » qui voit les films aux personnages principaux féminins comme inhabituels et risqués. Compte tenu des coûts excessivement élevés associés à la production de blockbusters, ces hommes d’affaires préfèrent lancer un nouveau film de super héros « à la Michael Bay » et éviter d’incorporer de la féminité dans leur contenu.

La gent féminine n’est pas la seule à subir les inégalités du septième art. Les minorités ethniques sont encore sous représentées. Certes, l’on voit quelques acteurs noirs aux soirées des Oscars à la suite de leur participation dans des longs métrages traitant du racisme et de l’exploitation des Afro-américains (comme Twelve Years A Slave en 2014 et Crash en 2006). Cependant, j’ai parfois l’impression que les rôles qui pourraient être interprétés par un acteur de n’importe quelle origine seront presque inclusivement accordés aux blancs. Cette tendance est présente depuis les débuts d’Hollywood quand on jugeait que les femmes et les minorités ethniques n’avaient pas les mêmes rôles sociaux que l’homme à la peau blanche : l’homme à la peau blanche, qui était toujours le plus intelligent et le plus puissant de tous. Entre-temps, deux, trois petites choses ont bouleversé la société. Il serait peut-être temps d’ajuster le cinéma à la réalité démographique américaine, à une époque où les femmes et les minorités ethniques ont depuis longtemps manifesté le refus de se soumettre à l’autorité patriarcale de l’oncle Sam.

Malgré l’état pathétique de la situation, certaines courageuses, comme Patricia Arquette, dénoncent publiquement la situation des femmes de l’industrie, moins bien payées que leurs homologues masculins. L’actrice de Boyhood doit probablement bénéficier d’un salaire qui pourrait à lui seul nourrir un quartier défavorisé pendant plusieurs mois, mais la situation d’équité salariale touche toutes les travailleuses du monde, que ce soit dans les sweatshops ou dans les studios des Warner Brothers.

On peut simplement continuer à souhaiter que le monde se féminise un peu plus. Cela commence par donner des modèles de réussite aux générations plus jeunes que ce soit dans la littérature, à la télévision, dans la musique ou au cinéma. Peut-on espérer  Birdwoman pour l’année 2016?

Sur la photo ci-haut: l’actrice Patricia Arquette

Roxane Barbeau-Lépine

Auteur Roxane Barbeau-Lépine

Étudiante en Communication Marketing, j’erre régulièrement dans les couloirs de l’UQAM soit en écoutant une alternance de chansons de Taylor Swift, de Bob Dylan et d’Ella Fitzgerald. Quand je ne suis pas en train de regarder de la télé-réalité sur la chaîne TLC, je consacre une certaine partie de mon temps à écouter Histoire de jouets et Le roi lion en cachette.

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