Être une personne accomplie

J’ai 21 ans et la gestion-de-moi-même est assez complexe. Je n’ai pas eu de rendez-vous chez le médecin depuis les 21 dernières années, je fais du vélo sans casque, je suis lutin du Père Noël dans un centre d’achats dans le temps des fêtes, je n’ai pas de permis de conduire, je gère mal le eye-liner et l’épilation et, en plus, ma chambre est un continuel fouillis. Portrait global. Dans les normes des personnes accomplies, je ne score pas fort. Face à la vraie vie, je me sens comme Céline Dion en entrevue, en direct de CNN (2005), à propos de Katrina… impuissante et pleine de naïveté. «Take a kayak» , que je dirais. Je suis pas mal certaine que ça aurait autant d’impact. Comme Céline, j’ai plus ou moins conscience de ce que la vraie vie nécessite.

Le nombre d’étapes qu’il me reste à réussir avant de devenir une vraie personne versus le temps qui est mis à ma disposition est ridicule. Grosse angoisse. J’ai toujours été persuadée qu’une fois l’université terminée, la fée marraine de la vie arrivait avec un package cadeau qui incluait une job, de l’argent, une garde-robe de jeune professionnelle, une connaissance des bons restos à Montréal. En option viendrait aussi la capacité à ne pas staller devant l’étalage des vins rouges pendant 20 minutes à la SAQ en faisant semblant d’hésiter entre deux bons vins parce que dans le fond t’y connais rien et que tu as trop d’orgueil pour demander conseil. Avec un supplément, la fée marraine t’implante un radar à musique indie pour que tu puisses frimer et tout connaître avant tes copains qui sont une coche derrière toi sur le chemin des vraies-personnes-en-devenir.

Mais quelle connerie !

J’ai 21 ans et toujours aucune idée de ce que c’est être une vraie personne, une personne accomplie. Ça m’angoisse, mais ça ne me dérange pas de prendre toujours une valeur sûre à la SAQ. Ni de gagner ma vie comme lutine. Jusqu’à hier, je pensais qu’être accomplie, c’était d’avoir un condo, d’aimer les chats et avoir une vraie job. Et puis une fille, qui a un condo, une vraie job et un amour de chat m’a dit : « Tu sais Béatrice, c’est pas à 27 ans que ça se règle. Ma toilette est bouchée et je fais venir mon papa de Saint-Jean-sur Richelieu pour qu’il me la répare. »

Ça m’a rassurée.

Béatrice Leclerc

Auteur Béatrice Leclerc

Béatrice Leclerc est étudiante en stratégies de production culturelle et médiatique. Enfant tranquille, elle appris que les mots pouvaient fesser fort et que bien chialer pouvait faire rire. Elle écrit pour le Culte dans l'espoir d'insuffler des grenailles de sourires sur les bouches des lecteurs et de réflexions dans leur tête.

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