Emma Watson à l’École du féminisme

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Au cours de la dernière année, Malala Yousafzai s’est vu attribuer le prix Nobel de la paix, en raison de son militantisme pour l’accès à l’éducation des jeunes filles à travers le monde. Parallèlement, l’écrivaine nigérienne Chimamanda Ngozi Adichie a publié l’essaie We should all be feminists à la suite de son discours du même nom prononcé lors d’une conférence TED en 2013. Or, parmi les néo-féministes de ce monde, les médias de masse ont récemment décidé d’élire l’actrice et bachelière de Brown University, Emma Watson, comme « feminism’s new face » et « feminist game-changer ». Mais quels gestes éminents la jeune Britannique a-t-elle posés pour se mériter de tels éloges? Cette transition du divertissement à l’engagement social est-elle si idoine? Est-ce pour des raisons de marketing ou par convictions personnelles que l’actrice porte maintenant le chapeau d’activiste? Se cache-t-il des actions concrètes derrière la promotion de son image avec la bannière « féministe » dans les magazines de mode?

Emma Watson est connue en la matière pour la campagne HeForShe visant l’égalité des sexes et son plaidoyer féministe présenté aux Nations Unies, le 20 septembre 2014. Malheureusement, cette campagne et ce plaidoyer ne sont certainement pas à la hauteur des titres de féministe révolutionnaire qu’on lui a accordés ultérieurement. Le féminisme vise l’égalité sociale, économique, politique et culturelle pour TOUTES les femmes, en soulignant spécialement celles qui sont le plus opprimées, ostracisées et marginalisées. Malheureusement, en excluant au sein de son monologue les problématiques touchant les femmes transgenres, homosexuelles, itinérantes, de couleurs, d’apparences corporelles diversifiées et aux capacités réduites, Emma Watson ne change aucun jeu. En ignorant l’intersectionnalité (malgré le fait qu’elle s’adresse aux représentants de 193 États), elle favorise une vision unidimensionnelle des femmes à travers le monde, renforçant ainsi le concept de white feminism qui exprime implicitement l’ambition des femmes blanches à avoir un statut social similaire aux hommes blancs. Le féminisme se veut un mouvement exhaustif visant à déconstruire un système social et une idéologie dominante. N’est-ce pas la moindre des choses que de glisser un mot sur les enjeux touchant les femmes de couleur lors d’un discours énoncé à New York, dans un pays fondé sur l’esclavage noir et l’assimilation autochtone, où des millions de femmes ont été violées et tuées sous la suprématie blanche, et où les générations de survivantes subissent toujours les conséquences économiques et sociales d’un système érigé par la double oppression qu’est le patriarcat et le racisme.

Je trouve noble pour tout individu, quel qu’il soit, d’utiliser une plate-forme pour s’engager socialement, mais pour se faire adéquatement, il est inévitable d’étudier les racines et l’ensemble des enjeux relatifs à la cause choisie. Dans le présent cas, le problème ne réside pas dans la représentation d’une femme blanche privilégiée et son vécu. L’actrice a d’ailleurs bravement abordé la sexualisation que son industrie lui a fait subir en bas âge ainsi que le regard condescendant de plusieurs à la vue d’une jeune fille ambitieuse. Le problème est qu’en s’improvisant figure de proue d’un mouvement d’une telle ampleur, en position de privilège, elle a le devoir de faire entendre la voix des femmes qui n’en ont pas. Au sein de son discours, Emma Watson mentionne l’iniquité salariale entre les hommes et les femmes, en ignorant probablement que les femmes noires et hispaniques gagnent en moyenne 20% à 45% de moins que les femmes blanches aux États-Unis pour un même poste, avec un degré de scolarité similaire (cette problématique concernant les minorités et l’emploi étant répandue en Occident). De surcroît, Emma stipule fermement que le féminisme est trop souvent associé à la haine envers les hommes et que cela doit cesser, mais s’abstient de souligner que ces associations s’inscrivent très souvent dans un contexte lesbophobe et que cela doit cesser également.

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Par ailleurs, le titre de sa campagne, HeForShe, est également problématique, proposant d’emblée un rapport patriarcal pour accéder à l’égalité. Avec un tel titre, le sort des femmes ne semble pouvoir passer que par l’approbation des hommes. Une bonne partie de son discours est d’ailleurs consacrée à expliquer pourquoi les hommes souffrent de discrimination et de sexisme. L’attention autour du genre masculin donne lieu à des déclarations du type : « I want men to take up this mantle. So their daughters, sisters, and mothers can be free from prejudice… », soutenant l’idée que la femme n’a d’intégrité que par son lien de sang avec un homme. « Men don’t have the benefits of equality, either.», « How can we effect change in the world when only half of it is invited or feel welcome to participate in the conversation? Men, I would like to take this opportunity to extend your formal invitation.», sous-entendant que la misogynie s’explique par le refus des femmes d’envoyer une invitation dans la boîte aux lettres de tous les individus de sexe masculin afin qu’ils puissent considérer l’offre de les respecter et d’en faire leur égal. Permettez-moi de rire jaune lorsqu’elle a récemment été désignée « femme de l’année » par un cybermagazine nommé ASKMEN aux côtés de Kim Kardashian et Cara Delevingne, sur la liste des 99 femmes les plus remarquables de 2015.

Dans le cadre de la Journée internationale de la femme, le 8 mars dernier, Emma Watson a participé à une conférence pour promouvoir HeForShe, en partenariat avec Facebook. J’avais espoir qu’avec un certain recul, elle arrive préparée et apte à discuter de l’ensemble des enjeux touchant les femmes en 2015. Je ne le saurai jamais vraiment, j’ai décidé de laisser tomber après les 13 premières minutes, le regard rivé sur Emma qui semblait uniquement concernée par la réaction des hommes à son discours prononcé à l’ONU plusieurs mois auparavant.

Soucis de marketing ou simplement par naïveté, Emma Watson semble aujourd’hui acclamée par la masse pour son pseudo-féminisme. J’imagine que les femmes du monde entier doivent maintenant être rassurées d’avoir une porte-parole à leur image. C’est vrai, toutes les femmes sont cisgenres, hétérosexuelles, blanches, privilégiées, répondant aux critères esthétiques prescrits. Si vous ne me croyez pas, regardez Emma elle-même. Comme l’indique son gilet non équitable : « This is what a feminist looks like ».

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Karim Marier

Auteur Karim Marier

Étudiant en stratégies de production, coordonnateur du Culte 2014-2015. Je suis givré et j’aime le gluten.

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