Derrière Lynternait : rencontre avec Ben Haffleck

Une publication de Lynternait

Une publication de Lynternait

Avec plus de 45 000 mentions «J’aime», la page Facebook Lynternait nourrit chaque jour ses abonnés de montages photos insensés, de discours comiques remplis de fautes d’orthographes et de palmarès imprévisibles. 3 têtes se cachent derrière elle. J’ai pu m’entretenir avec l’un des membres de l’équipe dans un échange semi-sérieux. Celui-ci tenait à maintenir son anonymat, je le nommerai donc Ben Haffleck.

Y : Ben Haffleck, bonjour.

B.H : Bonjour!

Y : Lynternait existe depuis trois ans déjà. Comment l’idée vous est venue?

B.H : Ça a commencé en parodiant Dolan Duck, un concept américain très populaire sur Internet. Les deux autres gars qui ont créé la page Facebook Lynternait [Ben Haffleck s’est joint à eux un peu plus tard] se sont mis à faire les mêmes jokes, mais en les adaptant à des personnages populaires du Web québecois (Gab Joncas, Gab Roy, JohnnyCrying, etc.).

Y : Avez-vous  senti la réceptivité de vos abonnés dès le départ?

B.H : Au départ, c’était très underground. On riait surtout d’une communauté précise, donc c’est resté de l’humour de clique.

Y : Qu’est-ce qui a popularisé Lynternait?

B.H : Je sais qu’un jour, on a eu 5000 «J’aime» d’un coup avec un faux concours : «Gagner 70 E-board», des skates un peu bizarres. Des gens au Québec ont embarqué. Ils comprenaient un peu le gag derrière tout ça, mais d’un seul coup, c’est devenu populaire en France. Après c’est devenu le bordel, on a eu 3 millions de visionnements sur la publication et c’était pratiquement que des Français qui ne comprenaient pas que c’était ironique. Ils croyaient que si tu aimais la publication, tu gagnais automatiquement un E-board.

Le fameux concours, publié le 5 novembre 2015

Le fameux concours, publié le 5 novembre 2015

 

Y : Vous n’avez jamais fait tirer de E-board finalement?

B.H : En fait non, on a fait gagner des fausses personnes pour ajouter du contenu au gag et le faire vivre plus longtemps.

Y : Quel est votre public cible ?

B.H : Des gens âgés de 16 à 21 ans qui ont une capacité de comprendre l’humour deuxième degré. On se positionne par rapport à l’humour mainstream, donc il faut à la base avoir une bonne connaissance des réseaux sociaux pour arriver à rire des comportements normaux des gens sur Facebook. On prend les courants populaires pour s’en moquer. On rit de l’humour un peu simpliste qu’on retrouve sur Internet.

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Un montage de Lynternait, mis en ligne le 9 avril 2016

Y : Lequel de ces trios vous ressemble le plus: Cric, Crac, Croc, la commission Bastarache ou un barreau de chaise pété?

B.H : Jdirè un baro de chaise peter. Pass quon ai faitte en bois tk…

Y : Que pensez-vous des autres pages d’humour qui existent sur les réseaux sociaux?

B.H : On respecte le processus créatif des autres pages (ConneriesQc, Chui trop Québécois, Québec Meme). On trouve simplement que, parfois, les blagues peuvent être un peu faciles. On parodie ça, mais pas de façon méchante.

Y : Combien de temps accordez-vous à l’alimentation de Lynternait?

B.H : Pour les publications, une demi-heure chaque soir, pour chacun d’entre nous. On a un post à 17h00, un à 19h00 et un à 21h00. Parfois, ça peut être plus long quand l’inspiration ne vient pas, mais, en général, on s’en tient à ça.

Y : Où allez-vous chercher votre inspiration?

B.H : Personnellement, quand je ne sais pas quoi faire comme publication, j’ouvre les autres pages Facebook comme ConneriesQc et je regarde les histoires qu’ils publient pour voir si je peux les modifier. Parfois, je fais un peu de recherches. Par exemple, si je fais une joke de perceuse, je dois un peu fouiller pour en connaître plus sur les perceuses, mettons, sur les spectres de perceuses. La joke de perceuses fonctionne bien, ça colle bien au gars de construction typique.

Y : Pourquoi prendre la décision de rester dans l’anonymat?

B.H : Ça entretient un peu le mystère. Certaines personnes ne savent pas si nous sommes sérieux ou pas. Si on présentait nos vrais visages, ça pourrait changer la perception de la page. C’est aussi pour protéger notre vie privée.

Y : Mise en situation: vous assistez à un incendie contrôlé. Les flammes sont remplacées par le jeu Seigneurs des Anneaux 2 sur Gamecube. Êtes-vous déçus ou content?

B.H : Chu conten. Tsé du feu sa doit fair mal, pis apart Gollum quyer laid, c quand mme nice le sègneur dé anno.

Y : Mais ça doit faire mal aussi, un boîtier de GameCube qui vous tombe sur la tête?

B.H : Ouin mais tsé, té rvend sur Kijiji aprai. Tu suporte un peu lmal pour fère de largent. largent stimporten…

Y : Certains internautes peuvent être plus sensibles et déposer des plaintes rapidement sur les réseaux sociaux. Vous qui n’avez pas peur d’utiliser un langage grossier, avez-vous déjà reçu des plaintes?

B.H : Ça arrive. Souvent aux commentaires du genre «vous avez une mauvaise influence sur les gens qui vous suivent», on répond de manière absurde et on les publie sur notre site en cachant les noms. On appelle ça les pires commentaires. C’est jamais vraiment grave, c’est souvent une personne frustrée qui trouve qu’on parle mal.

Y : Avez-vous une mauvaise influence? Pensez-vous qu’il y a un risque que certaines personnes prennent votre langage et votre humour au sérieux?

B.H : J’pense qu’en parodiant l’état d’esprit fermé, raciste et sexiste, on invite justement les gens à avoir une bonne ouverture d’esprit. Je ne pense pas que ça nuit parce qu’on comprend que c’est trop poussé. Et pour le langage, encore une fois, c’est une parodie des gens qui parlent mal.

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Y : Quelle est votre chanson préférée ?

B.H : Snack Bar chez Raymond de François Pérusse.. Tsé… Pass les jeu dmots c focken nice.

Y : Après la page Facebook est venue la vente de vêtements et, ensuite, le site Web Lynternait. Quels sont vos prochains projets?

B.H : On a une nouvelle ligne de vêtements qui arrive bientôt. Le linge va encore avoir nos expressions, mais ça va avoir l’air plus «design». On a un ami qui a un bar aussi, on pense peut-être faire quelque chose avec ça, mais, pour l’instant, c’est juste des idées.

Y : Un dernier mot ?

B.H : Contre la paix dans le monde pcq l’armé c nice en criss… Yon dé bombes. C comme Call of Duty.