Yung Rock : La jeunesse avortée

(Crédit Photo: Anthony Desjardins)

C’est un dimanche soir comme les autres dans l’un des nombreux cafés de Joliette. Des retraités et des étudiants font la file au comptoir, déterminés à se sauver de l’haleine froide de l’automne.

J’étais déjà attablée lorsque Rock Daniel, alias Yung Rock, est venu me rejoindre. Son sourire enjoué et ses cheveux roses déteints par le temps venaient accentuer ses airs de grand enfant.

Rock fait du rap depuis qu’il est au secondaire et c’est seulement cette année qu’il a décidé de lancer Sad Cloud, son premier album. « C’est le résultat de 15 années de travail », me souligne-t-il en me tendant une copie.

À 26 ans, c’est la première fois qu’il parle de son travail à une journaliste.

Vivre dans les nuages

Rock aime les artistes issus du Cloud Rap, d’où il puise une grande partie de son inspiration. « C’est dur à décrire comme style, parce qu’il n’y a pas beaucoup de gens qui en font. On a tendance à le confondre au Mumble Rap américain », m’explique-t-il. Cette musique au rythme lent se manifeste par un côté très méditatif qui aide à l’introspection.

« Je suis un gars qui aime expérimenter » ajoute Rock, lorsque je le questionne sur l’éclectisme de sa proposition musicale. En effet, Sad Cloud saute d’un genre de rap à l’autre, ce qui peut être déstabilisant pour les attentes d’un auditeur. La pièce Rockefeller, par exemple, emprunte certains aspects esthétiques du trap alors que R A R E se rapproche beaucoup de la signature du rappeur Lil Peep, qui marie plusieurs genres musicaux offrant un  rendu contemplatif.

La politique d’ici, c’est la politique des singes

Sad Cloud semble être un cri du cœur contre une routine monotone et un quotidien angoissant. « Je pense que notre génération est un peu comme une génération perdue, dit-il. On est très individualistes et ça change la perception du monde ».

D’ailleurs, Yung Rock me confie qu’il a peur de donner naissance à un enfant dans notre société. « Il y a tellement de choses que je veux changer que je serais presque considéré comme un dictateur! », me dit-il en s’esclaffant.

Nous pouvons sentir son indignation dans quelques-unes de ses pièces. Dans Tombe, Yung Rock semble vouloir donner le cri d’alerte pour que les choses changent : « Je sais pas kess t’attends pour sauver le monde/ Il faut passer à l’attaque pour qu’i’est plus songes/ J’ai passé par l’attrape, le passé est long […] »

« Si j’avais un message à transmettre à voix haute, ça serait de se réveiller et de sauver la planète, parce qu’il va être trop tard demain matin, proclame-t-il. Il faut sortir, il faut connaître le monde, parce qu’on va finir par tous devenir ennemis. Les émotions, on ne peut pas les vivre seuls, il faut les vivre avec les autres. »

Après une heure de discussion, nos tasses sont vides et nos têtes sont pleines. J’agrippe mon manteau, prête à affronter le vent glacial qui se fracasse contre les vitres des commerces du centre-ville de Joliette. Rock se contente d’un simple foulard, le sourire figé aux lèvres. Avant de partir, on se fait la bise et je lui promets de lui envoyer sa critique.

Sa première critique.

https://soundcloud.com/user-167885118/tombe

https://soundcloud.com/user-167885118/rockefeller-prod-misterz

https://soundcloud.com/user-167885118/mauve-prod-cat-soup

Marie-Anne Audet

Auteur Marie-Anne Audet

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