Marie-Gold et la ruée vers l’or

Crédit photo : William Arcand

En deuil de la fin (tragique, si vous voulez mon avis) du collectif Bad Nylon, la MC et beatmaker Marie-Gold débarque avec une énergie et une détermination qui rendraient jaloux tous les prospecteurs d’or du Klondike.

Je suis allée rencontrer Marie-Gold dans un de mes cafés préférés de tous les temps, le Darling. Ça tombe bien, c’était aussi un des siens. D’entrée de jeu, je n’avais aucune idée comment ça allait se passer. Me voilà qui allais poser des questions à une femme que j’admire énormément et qui fait de plus en plus parler d’elle dans le milieu du rap québécois. Après quelques échanges sur la nature du portrait et sur le féminisme en général — Marie-Gold est comme tannée d’être « la fille qui rap » — elle a accepté de m’accorder une entrevue et de jaser d’elle, de la scène rap montréalaise et de sa carrière solo.

Après un voyage de vélo en Inde d’une durée de 6 mois, la rappeuse est venue à la conclusion que les deux choses qui l’animent sont les sciences et la musique. C’est dans cette optique qu’elle a décidé d’entreprendre des études en génie physique et une carrière en rap. Pour le moment, elle a arrêté ses études pour se concentrer à temps plein sur sa carrière musicale, en plein envol.

Le dernier album de Bad Nylon, Bébé, t’es unique, est paru en janvier dernier. Les membres du groupe savaient avant d’entrer en studio que ça allait être le dernier. Leurs intérêts n’étaient plus les mêmes, mais elles ne voulaient pas avoir travaillé aussi fort sur des pistes sans avoir laissé de traces de la formation qu’a été Bad Nylon. De mon côté, avec l’annonce de la dissolution du groupe, j’ai eu l’impression de perdre des amies.

« C’était une décision vraiment difficile à prendre, a-t-elle confié. Ça faisait 4 ans que j’étais sur le projet. Et je sentais vraiment le poids du rap fait par les femmes au Québec [qui pesait sur moi], même si c’était juste dans ma tête. Ça fait beaucoup de femmes à porter ça. »

« J’ai vraiment une intention artistique, un travail et des inspirations. »

Fast forward à aujourd’hui, Marie-Gold sortira un premier EP (mini-album) solo et des singles ce printemps et elle est prête à conquérir la scène du rapqueb. « Je veux être une rappeuse et productrice qui va s’établir au même titre que ses comparses masculins. En ce moment, y a pas de piliers féminins, mais historiquement ça fait une différence qu’il y en ait un. Je veux bien le faire et je ne veux pas que ça repose sur le fait de combler un vide. J’ai vraiment une intention artistique, un travail et des inspirations. »

// Fait intéressant – les filles de Bad Nylon n’ont jamais voulu se faire appeler des Rappas. Jamais. //

Son nouveau projet aura des sonorités de jazz et de trap, avec des influences de Chicago par-dessus le tout. Le thème principal : l’ode à la solitude. « C’est représentatif — je parle clairement du courage de se lancer enfin temps plein dans le rap, des sacrifices que ça implique. J’aimais tellement l’école, mais je ne pouvais pas faire les deux. C’est aussi le deuil de Bad Nylon après 4 ans. »

D’ici la fin de l’année, elle a aussi comme projet d’aller faire un tour de l’autre côté de l’océan, question de tester le marché. Un plan qui ne manque pas d’ambition, ce que les gens qui la connaissent savent déjà. Déjà, Bad Nylon avait tourné à la radio française et même si elle sait qu’elle ne fera pas l’Olympia à sa première tournée européenne, elle est confiante du succès qu’elle pourrait avoir.

Je suis ressortie du café heureuse d’avoir rencontré une femme aussi pleine de vie et de talent et, même si elle ne veut pas être perçue comme la femme qui fait du rap, je suis convaincue que plusieurs filles seront inspirées à suivre ses pas. En tout cas, je l’espère.

Marie-Gold vient tout juste de sortir son premier vidéoclip solo avec Sarahmée pour la chanson Jamais trop tard, que tu peux voir ici.

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