L’emprise des jeux sur mobile

Personnellement, je me demande souvent où se trouve la ligne de l’excès. Comment est-ce qu’une personne réalise qu’elle doit aller chercher de l’aide, qu’elle ne peut plus affronter le problème toute seule.

Le documentaire Bye d’Alexandre Taillefer a suscité beaucoup de réactions depuis sa diffusion du 5 décembre dernier. Le suicide de son fils Thomas est survenu lorsqu’il était âgé de 14 ans alors qu’il souffrait de cyberdépendance. Son père souhaitait, par l’entremise de son documentaire, donner un sens à cet événement en se penchant sur le phénomène et sensibiliser la population sur la cyberdépendance.

Comme tout le monde de ma génération, j’ai grandi et observé la technologie s’installer dans le train de vie des gens. Le monde virtuel a su remplacer des vieilles formes de divertissement comme jamais vues auparavant. Les subtilités des réseaux sociaux, des jeux virtuels et même des sites d’achats en ligne peuvent facilement hypnotiser leurs utilisateurs pour des heures d’affilée sans qu’ils s’en aperçoivent.

J’écoutais le documentaire avec attention et tentais de me mettre à la place des jeunes qui souffraient à l’écran. Cependant, il s’avère assez complexe de s’immiscer dans la tête de ces individus quand on ne vit pas dans cette réalité envoutante.

Je me suis entretenu avec Noémie (nom fictif), une femme cyberdépendante qui vient de terminer une thérapie de 28 jours au centre de thérapie CASA. Elle était dépendante aux jeux virtuels sur son téléphone cellulaire.

«Comment est-ce que la situation a commencé? Et bien, je suis la première enfant d’une famille de trois. J’avais des parents qui travaillaient énormément alors qu’on habitait dans un milieu défavorisé en Gaspésie», raconte Noémie. «Ainsi, j’avais beaucoup de responsabilités et de pression afin d’être un modèle pour mon frère et ma soeur plus jeunes», poursuit-elle.

La pression et l’absence familiale n’ont pas été les seuls facteurs ayant été à l’origine du problème. Noémie a également été agressée sexuellement.

«Ça a mené vers beaucoup de renfermement, dans un petit cocon de technologie si on veut» explique-t-elle.

Noémie se réfugiait dans les jeux sur son téléphone cellulaire. Il s’agissait de jeux de rôles qui, normalement, progressent assez lentement lorsqu’une personne n’y dépense pas d’argent. En investissant dans le jeu en question, elle pouvait progresser plus rapidement et monter dans les rangs.

«Je jouais à tous les moments que je pouvais, je dormais à peine. Même au travail et dans tous mes temps libres», raconte-t-elle.

L’année passée, Noémie a commencé à réaliser l’ampleur de l’emprise de ces jeux sur sa vie lorsque toutes ses paies de travail étaient dépensées dans ceux-ci.

«Il ne me restait plus rien. Je travaille mais j’ai tout de même de la misère à subvenir à mes besoins» ajoute-t-elle.

C’est à ce moment qu’elle a choisi de chercher de l’aide. Au centre CASA, elle a suivi une thérapie de 28 jours où elle a pu faire beaucoup de réflexion, de travail sur soi, de la relaxation ainsi que se concentrer sur ses émotions.

«En sortant, j’ai supprimé tous les jeux qui me poussaient à jouer. Je n’ai plus de cartes de crédit, j’ai changé tous mes comptes, je suis vraiment repartie à zéro» témoigne Noémie.

Aujourd’hui, elle sait mieux gérer son temps. En une semaine, elle a passé près de 5 minutes sur ces jeux qui, avant, consumaient presque tout son temps et son argent.

L’usage problématique de la technologie peut amener son lot de conséquences psychologiques sur une personne dépendante. Encore méconnu, le phénomène touche plusieurs individus qui tentent de trouver une porte de sortie. J’espère que des témoignages comme celui-ci ouvriront la discussion sur la cyberdépendance et sauront sensibiliser les gens comme il l’a fait pour ma part.

Le centre de thérapie CASA offre des services d’aide à la cyberdépendance, la toxicomanie, l’alcoolism, le jeu excessif et bien encore. Vous pouvez joindre le centre au: (418) 871-8380.