Le mythe de Ron Jeremy

photo du blogue « c’est la gêne »

Ron Jeremy, chez les jeunes du secondaire, est probablement aussi connu que Maurice Duplessis, ou encore, que Gerry Boulet.

Ron Jeremy est à l’origine d’un nombre incalculable de jokes de cul , en plus d’avoir été l’ami d’une multitude de jeunes gens lors de temps pluvieux.

Je consomme
tu consommes
il consomme
nous consommons
vous consommez
ils consomment

Comme plusieurs personnes avant lui, Ron Jeremy est imprégné dans l’imaginaire collectif. Contrairement aux grandes femmes et grands hommes devenus légendes en raison d’actions incroyables ayant suscité l’admiration, Ron Jeremy n’est pas mythique.

Il n’est qu’un mythe.

Lui, c’est le Kingpin de l’industrie pornographique américaine.

Et le mythe réside justement dans tout ce qui est faux, tout ce qui est exagéré. Il est le récit qui met en scène des êtres surnaturels, des actions imaginaires et des fantasmes collectifs dénués de valeur et d’ancrage dans la réalité.

Ce n’est pas de la performance ça, c’est de l’acting.

Tout comme Ron, la pornographie, cette industrie qui génère, chaque année, des milliards de dollars, réside dans tout ce qu’il y a de plus faux et de plus fantasmagorique. Tout y est
plus gros, plus long , plus intense, plus wild.

Ça a pour effet de proposer des standards de performance des plus ridicules et inatteignables.  Et quels sont les deux principaux complexes qu’ont les hommes ? Surprise!  Que ce ne soit pas assez gros et pas assez long, justement.

C’est clair qu’en regardant ça, le dicton quand on se compare, on se console prend le bord.

Et tout cela semble légitimé, inconsciemment assimilé, ramené dans la réalité depuis le jour où La mélodie du bonheur a cédé sa place à deepthroat, le premier film pornographique apparu au cinéma en 1972.

Depuis ce temps, le sexe est partout. Parce que oui, rare sont ceux  qui n’écoutent ou ne  consomment d’une quelconque façon de la porn.


Chaque minute, 1 695 480 personnes visionnent un vidéo pornographique. Si on fait le calcul, c’est 28 258 consommateurs par seconde.
Chaque mois, 1,5 milliards de vidéos ou de photos de cul sont téléchargés du web. Combien ça rapporte , tout ça? 13,3 milliards de dollars annuellement aux États-Unis seulement.

Et, mon chiffre préféré,  91 980 250 000 .
Oui oui, 91 980 250 000.

91 980 250 000, c’est le nombre de vidéos pornographiques qui ont été visionnés en 2016 sur le seul site de Pornhub.

Je consomme
tu consommes
il consomme
nous consommons
vous consommez
ils consomment

Devant ce buffet chinois de fantasmes, c’est bien normal que Johnny Sins et Asa Akira, les gourous de cette nouvelle religion sexuelle,  prennent de plus en plus de place dans notre imaginaire collectif. Autour de nous, tout nous incite à la consommation du sexe. Des Victoria Secret angels ornent les murs des abribus, tandis que Christian Grey attend langoureusement sur toutes les tablettes des librairies et semble se faire un devoir d’émoustiller le plus grand nombre de mamans possible.

Cette industrie pornographique, où la femme est traitée plus souvent qu’autrement comme un objet sexuel, déteint sur tous les aspects de notre société. Il ne suffit que de prêter attention aux paroles de chansons que nous écoutons pour nous rendre compte de l’atrocité des messages véhiculés.

« Put molly all in her champagne, she ain’t even know it, I took her home and I enjoyed that, she ain’t even know it. »
         – Rick Ross

Non Rick.
Ça, c’est dégueulasse Rick.
Ce que t’es en train de faire, c’est l’apologie du viol et de sa culture, Rick.

Le plus troublant, c’est que  je les chante, ses paroles.  Je le monte, le volume. Je l’aime bien, cette chanson.
Jusqu’à quel point devrais-je banaliser tout ça?

Je consomme
tu consommes
il consomme
nous consommons
vous consommez
ils consomment

Alors oui, Ron Jeremy est devenu légende. Il est partout, omniprésent et omnipotent.
Il est dans la chambre, lorsque je fais l’amour.
Il est dans l’abribus, lorsque j’attends la 170.
Il est dans l’auto, lorsque j’écoute ma musique.