Une famille iconoclaste Partie I

Mes parents sont tombés amoureux à l’université en 1990.
Ils se sont mariés.
Ils ont eu deux enfants.
Ils se sont séparés après 14 ans de vie commune.

À l’âge de 38 ans, ma mère est retombée passionnément amoureuse. Mais cette fois-ci, elle est tombée amoureuse d’une femme. Pourtant, elle n’aurait jamais pensé que son orientation sexuelle puisse changer du jour au lendemain. Du jour au lendemain, elle est tombée amoureuse d’une personnalité, plutôt que d’une personne.

C’est alors qu’elle infiltrait un univers, qui était, jusqu’à cet instant, inconnu à ses yeux. Un univers dont elle est fière de faire partie aujourd’hui. Pour elle, ce que les autres pouvaient en penser était le moindre de ses soucis.

Quelques années plus tard, ce fut au tour de mon père de trouver l’amour. Mais cette fois-ci, il est tombé amoureux d’un homme. Pour mon père, c’était comme s’il avait réussi à déterrer un secret bien enfoui en lui. Il a enfin trouvé la sortie du labyrinthe dans lequel il s’est cherché pendant tant d’années. À partir de ce moment, il n’a jamais été aussi fier de s’affirmer. Il se sentait lui-même. Mon père a aujourd’hui 50 ans, il est célibataire et il vit la vie d’adolescent qu’il n’a jamais pu vivre auparavant.

Mes deux parents étaient hétérosexuels.
Mes deux parents sont maintenant homosexuels.
Situation étonnante, n’est-ce pas ? Pourtant, j’étais tellement jeune à ce moment-là que c’est la seule réalité que j’ai véritablement connue.
Ma mère est en couple depuis maintenant 15 ans.
Mon père est toujours à la recherche de l’amour.

Très jeune, j’ai compris que ma vie serait différente.

Mais à quel point ? En grandissant, j’ai appris à définir cette différence et les besoins qui l’accompagnent. Mes parents ont dû éviter les pièges de la surprotection. Et parfois, ils ont dû refouler leur colère face à l’incompréhension de certaines personnes. Mes mères sont devenues des modèles dans mon quotidien : tolérance, partage, ouverture d’esprit et de cœur…

Des prérequis au bonheur ? Je crois bien que oui. Et tous les enfants ont droit à ce bonheur.
Donc étais-je et suis-je encore si marginale ?

En général, on aspire tous à être heureux. Or, les façons d’y parvenir sont propres à chacun. Notre style de vie ne peut pas faire l’unanimité.

C’est parfait ainsi.

 

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