S’aimer à coups de caresses virtuelles

Ce lieu qui m’envoûte est sans frontière et il n’y fait jamais froid. Il existe tant pour ces coeurs brisés que reconstruits, tant qu’ils ont besoin de se faire dire qu’ils sont sublimes. C’est un refuge qui peut me jeter un sort à la seconde où mon amour propre chavire par-dessus bord.

-Regarde, j’ai eu un match avec ce gars-là hier!

-Il est beau!

-Oui, mais c’est pas trop mon genre.

-Pourquoi tu l’as swipe à droite alors?

– …

Il faudrait que je m’incline devant l’évidence. Mais peut-être même que toi aussi, tu te caches derrière cette lumière, ce miroir d’auto séduction qui noie toutes nos insécurités. On touche ces visages qu’on ne regarde pas vraiment, dans l’espoir qu’ils sauront nous dire ce qu’on veut entendre. On ne veut pas nécessairement être aimé, mais on veut simplement s’assurer qu’on peut l’être à coups de flammes instantanées.

Nous avalons ces possibles rencontres même si elles partiront dans le vent à la même vitesse qu’elles ont frôlé le bout de nos doigts. Nous attendons la prochaine étincelle comme un boomerang à enchantement. Puis, s’il prend trop de temps pour revenir, notre reflet commence à s’embrouiller et bascule dans le doute.

C’est pour se pomper les artères qu’on se gave les yeux et qu’on s’agite l’index. Nous avons faim de se faire charmer, car nous avons oublié comment le faire pour soi-même. Nous n’avons même pas besoin de savoir qui ils sont. Ce qui est bon à savoir, c’est que plus vous idéalisez notre beauté, plus vous nous convainquez.

Grâce à ce sortilège, on n’a plus besoin de dire que c’est une application de rencontres, car la seule rencontre possible, c’est celle de nos deux photos qui nous affirment qu’on s’est confirmés. Ce n’est devenu qu’une application: je clique sur ta beauté tant que tu cliques sur la mienne. J’applique mon plus beau sourire à un rendez-vous déjà refusé. Je clique de plus en plus, car j’ai besoin qu’on clique de plus en plus sur moi. Mais ne t’inquiète pas, tu peux cliquer où tu veux, tant que ce soit à droite.

Cet abri est le mien. C’est le tien aussi, si tu veux qu’on te regarde comme tu en as besoin. Ces yeux virtuels nous contempleront sans promesse jusqu’à la fin du monde. C’est à la vitesse de nos pulsions qu’ils sauront crier notre beauté, quand nous nous croyons incapables de l’entendre. Je tiens cet endroit entre mes mains, incapable de le lâcher pour ne pas encore m’endormir avec ma solitude ce soir.