Quand Dieu m’appelle, je réponds.

20h48.

Dehors février.
Ou dehors novembre, comme dirait l’autre.
Honnêtement, je ne comprendrai jamais ceux qui disent aimer l’hiver.
Y manque d’amour.
Y fait fret.
Y fait plate.

Attendre l’autobus qui, je le confirme une fois pour toutes, ne passera pas, le souffle glacial de dame nature dans la face, la gadoue dans les bottes, la colère dans le coeur, la peine dans l’âme.

Non.

Pour ma part, je suis un snowbird en devenir. Et oui, Old Orchard, here I come. Et, une fois arrivé dans ce paradis perdu, je penserai à vous, à ceux et celles qui attendront l’autobus qui, je le reconfirme, ne passera pas. À ceux qui auront le souffle glacial de dame nature dans la face, la gadoue dans les bottes, la colère dans le coeur et la peine dans l’âme.

Bref, 20h48
Dehors février.
Y manque d’amour.

À travers le calme de mon salon et la voix extrêmement high-pitch de Adib Alkhalidey qui débat avec Jay Du Temple à propos de vrais sujets à Code G, un tintement à peine perceptible parvient à me faire détourner le regard de la parfaite crinière, celle du plus parfait des deux Jérémie de la pièce.

Ce chuchotement du divin, cette vibration mystico-sacro-religieuse était, en fait, la table des 10 commandements du 21e siècle, la Bible 2.0, la manifestation du dieu post-nietzschéen.

Et quand Dieu m’appelle, je réponds.

Ce crescendo de spiritualité n’était nul autre que mon téléphone qui m’envoyait un message d’amour en cette période glaciale.

« Andrew Haspilaire a aimé votre photo ».

Pendant un court instant (pourtant déjà trop long), le simple pouce bleu, cette véritable dopamine virtuelle, a réussi à me faire apprécier cet horrible mois de février.

Et j’ai frémi.

J’étais en face à l’évidence. J’y étais accro, à cette petite tablette électronique de deux pouces par quatre. J’y étais accros, à cette petite planète, en haut à droite de l’écran, qui s’illumine d’un rouge satanique à chaque fois qu’une personne daigne s’intéresser, l’instant d’un swipe,  à ma vie.

Ce n’est plus qu’avec une pilule égrainée dans une bouteille d’eau que le monde se gèle. L’extase, en 2018, se trouve bien ailleurs.

Entre deux cours, je me drogue.
Entre deux autobus, je me drogue.
Entre deux bouchées, je me drogue.
Entre deux baises, je me drogue.

En véritables chiens de Pavlov, nous y sommes conditionnés, à ces machines qui grugent, petit à petit, les derniers temps libres qui nous restent.  Où les dates ne se font plus à deux, mais bien à 1 021 amis, il est dur de rester dans l’instant présent. Vient inlassablement le moment où, suite à une vibration qui sonne si juste, le regard se détourne du futur amour pour se poser sur le scintillement obnubilant du téléphone sur la table.

« Donne-moi deux secondes et je suis à toi »

Car oui, la relation machine-humain est plus rassurante, plus prévisible, plus contrôlable que la relation humain-humain, où l’imprévisibilité y est reine.

Le cellulaire, lui qui nous rapproche en nous éloignant de tout, lui qui prend progressivement la place du chien au titre de meilleur ami de l’homme, est omnipotent et omniprésent.  

Et moi, nomophobe en herbe, moi qui ai troqué le jeu « Duck Duck Goose » pour « swipe swipe choose »,  je scroll.
Je scroll.
Je scroll.
Encore, je scroll.

Jusqu’à ce que je tombe sur une dose de dopamine virtuelle qui me fasse apprécier cet horrible mois qu’est celui de février et qui me fasse sentir, pour un court instant seulement, comme le plus parfait des deux Jérémie de la pièce.

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