Ç’a pris deux décennies.

Deux décennies avant que Wade Robson et James Safechuck décident de sortir du silence pour remettre à l’ordre du jour les accusations de pédophilie à l’endroit de Michael Jackson. En échange de son amour inconditionnel, les deux hommes lui ont offert ce qu’ils avaient de plus précieux à l’époque : leur innocence.

Ignorées par les tribunaux pendant des années, les deux prétendues victimes du roi de la pop espéraient que le documentaire Leaving Neverland puisse leur redonner un semblant de justice. Pendant quatre heures, Robson et Safechuck font l’inventaire des sévices sexuels qu’ils ont subis tout au long de leur enfance.

Le film représente une petite victoire pour eux, puisqu’il réussit à semer un sérieux doute dans l’esprit des spectateurs quant à l’innocence de Michael Jackson, qui a été blanchi à deux reprises des accusations qui le concernaient.

Avec la commotion qu’a suscitée l’œuvre du réalisateur Dan Reed, il est évident que l’auréole sous laquelle Michael Jackson se cachait s’est brisée. Tout au long film, on brosse un nouveau portrait du musicien. Le talent exceptionnel de Jackson est mis de côté, ce qui permet au spectateur de voir une facette méconnue de sa personnalité : celle de l’être manipulateur qu’il aurait été.

Dans Leaving Neverland, on apprend que Michael Jackson a réussi à briser des familles pour arriver à ses fins. Le roi de la pop parvenait à déjouer la vigilance de plusieurs parents en faisant miroiter un avenir doré pour leur progéniture.

On y souligne aussi le fait que le célèbre musicien entretenait d’étranges liens amitié avec de jeunes garçons et que ces derniers étaient souvent invités à dormir dans sa chambre. C’est lors de ces nuits que se déroulaient la plupart des agressions. Elles avaient même lieu pendant que les parents de l’enfant étaient tout près.

À qui la faute?

Ces informations sont extrêmement difficiles à assimiler. Comment se fait-il que, pendant des années, un parent ait accepté que son enfant partage le lit d’un homme adulte? Quelqu’un peut-il être à ce point aveuglé par l’aura du vedettariat pour ignorer les aspects toxiques de ce type de relation?

Devant une telle aberration, n’importe quel adulte responsable s’indignerait en affirmant haut et fort qu’il ne tomberait pas dans le panneau. Or, Leaving Neverland montre des parents qui feraient tout pour ouvrir le plus de portes possible à leur enfant. Ainsi, lorsqu’une icône leur propose de prendre ce dernier sous son aile, ils ne peuvent que s’enorgueillir d’un tel intérêt.

De plus, le culte du génie qui entourait Michael Jackson a réussi à engloutir toutes formes de critiques à son égard. Le public refuse toujours d’associer ce crime odieux à un artiste aussi important. Les messages de paix et d’amour qu’il véhiculait dans son œuvre le rendaient trop lumineux pour une telle noirceur.

D’autres jeunes enfants en quête de justice se sont fait montrer la porte lorsqu’ils ont tenté de dénoncer les sévices qu’ils ont subis. Même les parents de Wade Robson et de James Safechuck ont discrédité l’histoire de ces jeunes garçons, ce qui a grandement contribué au silence des deux hommes. Ces derniers ont même décidé de prendre la défense de l’artiste lors de son passage devant les tribunaux, afin d’oublier ces années d’abus sexuels. D’ailleurs, le soutien offert à leur bourreau a causé des dommages irréversibles pour eux.

Leaving Neverland enterre l’archétype de la victime d’agression sexuelle qui agit toujours de manière impeccable. Il met en lumière certains mécanismes de défense pris par ces dernières pour tenter de panser leurs plaies tout en montrant les impacts que peuvent avoir les discours populaires sur leur processus de guérison.

Marie-Anne Audet

Auteur Marie-Anne Audet

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