Philippe Cyr: peintre de la transgression

(Crédit photo : Julie Artacho)

Lundi matin, 10 am, le soleil pointe le bout de son nez à la fenêtre alors que j’attends l’appel de Philippe Cyr, jeune metteur en scène prolifique. Le téléphone sonne; je sursaute avant de répondre et d’avoir, au bout du fil, un jeune homme à la voix énergique. Philippe Cyr, diplômé de l’École supérieure de théâtre de l’UQAM – concentration jeu, se consacrant dorénavant entièrement à la mise en scène présentera, en 2019, trois spectacles.

Portrait d’un jeune metteur en scène ingénieux.

Pour la petite histoire, c’est d’abord en jeu, comme mentionné plus haut, que Philippe Cyr a fait ses premières armes. Bien qu’en sortant de l’école, il ait joué à maintes reprises au théâtre comme à la télé, dorénavant il ne veut faire que de la mise en scène. « Je veux même plus jouer », me lance-t-il en riant. C’est en décidant de monter « Les escaliers du Sacré-Coeur » que le jeune homme reçoit sa piqûre pour la mise en scène et décide de retourner faire la maîtrise en théâtre, cette fois-ci, en se concentrant sur la mise en scène. Selon lui, il pouvait amener quelque chose de plus personnel en dirigeant qu’en interprétant.

Depuis, Philippe Cyr multiplie les projets, bien que ceux-ci se différencient largement les uns des autres. Du 6 au 8 mars, celui-ci présentera Le Brasier, un texte de David Paquet traitant de l’histoire d’un drame familial avec Paul Ahmarani,Kathleen Fortin et Dominique Quesnel. Reprise pour la troisième fois, cette pièce traite de transmission, d’héritage,  de responsabilité individuelle ou de comment se dégager d’un destin tragique. Avec la plume de Paquet, que Philippe Cyr considère à la fois radicale et accessible, et à ses comédiens, que le metteur en scène appelle affectueusement « ses trois bombes », la pièce est comme un véritable coup de poing. Suivant ce premier projet, Philippe Cyr reprendra Ce qu’on s’attend moi du 13 au 15 mars, dans un concept totalement différent, coréalisé avec Gilles Poulin-Denis. Ici, l’idée est de pousser la représentation en choisissant chaque soir dans le public, et avec celui-ci, un quidam dans l’audience qui livrera le spectacle du début à la fin. Pensée comme un plateau de tournage, la pièce est un lieu d’expérimentation et de prise de risque. Finalement, du 10 au 15 septembre, le metteur en scène reprendra le succès J’aime Hydro, projet à la fois réalisé comme une pièce de théâtre, mais également comme un podcast avec la comédienne Christine Beaulieu. Ayant vu le jour en 2016, le projet a évolué depuis, surtout avec le changement d’approche opéré par Christine Beaulieu, qui n’est plus la même femme et qui pousse encore plus loin la maîtrise de son sujet, m’explique Philippe. Les trois projets seront présentés à l’Usine C.

En discutant, on sent chez Philippe une véritable passion pour ses projets disparates, à la fois différents et similaires à chaque fois. Le jeune homme qui, en ses propres mots, m’explique qu’il « mange du théâtre » choisit ses projets en voulant défier les normes de présentation traditionnelles. Le concept de transgression, même dans les choix les plus discrets, habite son processus créatif et se retrouve au sein de tous ses projets, même les plus théâtraux. Philippe Cyr questionne les limites morales, esthétiques et théâtrales, afin d’explorer les zones grises et d’y voir plus clair, sans choquer le spectateur pour autant.

Le jeune créateur, passionné par son métier, reste objectif par rapport au défi du milieu théâtral culturel. Bien qu’il se considère dans une position privilégiée, il mentionne la précarité des compagnies et les énormes efforts de démarchage qui doivent être accomplis pour assurer une bonne visibilité. Cependant, il salue la chance qu’il a de faire les projets qui l’animent et d’avoir un public à qui les présenter. Ce qui le motive à faire ce métier c’est l’idée « de créer des objets artistiques qui sont différents les uns des autres et de les présenter au public ».

C’est donc à un jeune homme aux mille projets et à l’énergie contagieuse que j’ai eu affaire. Un petit baume dans cet hiver qui n’en finit plus de finir.

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