Philippe Brach : à son meilleur quand tout va mal

Photo: Le Petit Russe

L’artiste déjanté a décidé de complètement réinventer sa tournée Le Silence des Troupeaux, qui a remporté “Spectacle de l’année” en 2018 à l’ADISQ, pour la clôturer en présentant lundi dernier Le show chié au Club Soda aux Foufounes Électriques. Récit d’un magnifique désastre de A à Z.

Philippe Brach veut constamment repousser les conventions artistiques du spectacle. Par le passé, on l’a vu chanter sur un taureau mécanique aux Francofolies en 2017, incarner un magicien raté du nom de Mysterio Steve au Métropolis (Mysterio Steve refusait la nouvelle appellation de la salle) en 2018 et se payer la Maison symphonique en mars dernier avec Boum Dang Sangsue. Le show chié est l’aboutissement de ces spectacles concepts dont raffole le Jonquiérois de 30 ans.

Le tout a commencé à l’extérieur du Club Soda alors qu’un portier imposant (interprété par Eric Cazes) indique aux spectateurs que « Philippe Brach n’a pas payé le dépôt pour la salle » et envoie les gens aux Foufounes Électriques, à deux minutes de marche de l’endroit initial. C’est donc dire que le Club Soda a volontairement coupé une soirée de sa programmation avec comme seule intention de participer à la démarche créative de Brach.

Rendu aux Foufounes, le lieu est un véritable capharnaüm : des spectateurs confus, une billetterie bric-à-brac, une table de marchandises avec des objets inusités portant encore leur étiquette du Village des Valeurs, des musiciens qui répètent encore sur scène… Bref, le ton est donné pour le reste de la soirée. 

Avec une bonne vingtaine de minutes de retard, Le show chié débute au premier étage des Foufs. Sans rien dire à la foule qui s’attend à des explications, Brach – de son vrai nom Philippe Bouchard – enchaîne quelques chansons de ses deux premiers albums. Il annonce ensuite qu’il a reçu la nouvelle la journée-même du changement de salles alors qu’il était chez le tatoueur, exhibant du même coup ses tatouages fort probablement temporaires. Vêtu d’une simple camisole blanche et d’un pantalon noir, il passe la soirée à demander des vêtements à la foule, expliquant que son costume de 15 000 euros est resté au Club Soda.

Plusieurs chansons ont goûté à la saveur « chiée » de la soirée : Nos bleus désirs change de tonalité après de multiples réprimandes de Brach envers son guitariste ; Alice est mélangée à Mes blues passent pu dans’ porte d’Offenbach ;  Ressac sur ta peau est accompagnée d’un magnifique ensemble de quatre guitares à 12 cordes après une petite mise en scène de problème de son ; Troupeaux, la fausse-chanson créée pour leurrer les radios québécoises, est demandée par l’animateur Philippe Fehmiu. Ce dernier est d’ailleurs apparu sur scène pour lancer des t-shirts pendant qu’un problème avec le moniteur (également un réfrigérateur de bière) avait lieu. Dans un moment de surprise, un spectateur s’est invité sur scène pour jouer la partition de guitare de Ravin, que Brach avait vraisemblablement oubliée, mais qui a énormément plu à la foule.

D’autres invités ont fait une apparition lorsque le gagnant de cinq Félix en 2018 se fait momentanément kidnapper par le bouncer du Club Soda. L’auteur-compositeur-interprète Violett Pi a exécuté une version sublime, presque screamée, de Crystel, l’une des chansons les plus populaires de Brach. Julie-Anne Miqueton et Raphaël Pépin-Tanguay, deux jeunes chanteurs issus de Secondaire en spectacle, ont quant à eux été magistraux dans leur mouture de Tu voulais des enfants

Le protagoniste de la soirée est revenu sur scène, coiffé d’une perruque blonde digne d’une star des années 80, afin de terminer la soirée avec des versions rock de C’est tout oublié et de Gaston. En guise de rappel, un DJ set de son album Bienvenue à Enfant-Ville est projeté dans les haut-parleurs des Foufs, ramenant le club à une sonorité EDM qui contraste totalement avec le style habituel de Brach.

S’il y a bien une phrase dont on doit se rappeler de l’auteur-compositeur-interprète, c’est celle-ci : « C’est pas quatre murs qui font un spectacle. Ce sont les gens entre les quatre murs ». De la mise en scène aux éclairages, en passant par les musiciens et la foule, Le show chié n’aurait pas pu mieux se dérouler, tout ça grâce, entre autres, au génie musical qu’est Philippe Brach.


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