M.I.A. sans pitié

Par 6 décembre 2015 Non classé Aucun commentaire
borders

La rappeuse M.I.A. vient tout juste de publier le vidéoclip qui accompagne son single «Borders», que l’on pourra retrouver sur Matahdatah, son cinquième album qui verra prochainement le jour. L’artiste, qui a elle-même dû quitter le Sri Lanka alors qu’elle était enfant, exige que l’on se sorte la tête du sable en ce qui concerne la question des réfugiés. Elle réclame, dans sa chanson, l’ouverture des esprits et des frontières de l’Occident.

La vidéo qu’elle a réalisée est magnifique. Elle y apparaît comme la déesse des migrants, marchant sur l’eau et livrant à tous son message coup de poing. «Borders» s’attaque à notre hypocrisie occidentale, soulignant la futilité des enjeux qui nous tiennent à cœur. Fidèle à ses habitudes, la chanteuse reste calme et fière, mais surtout sans pitié. Elle répète encore et encore les même mots («What’s up with that») comme pour nous narguer et dénoncer l’inaction de tous vis-à-vis des évènements réellement importants ; elle souligne l’énergie que nous dépensons à construire notre identité virtuelle, alors qu’au même moment, des gens bien réels meurent échoués aux portes de l’Europe.

« Being bae, what’s up with that?

Making money, what’s up with that?

Breaking internet, what’s up with that?

Love wins, what’s up with that?  »

La chanteuse de 40 ans avait déjà fait affaire avec le réalisateur français Romain Gavras pour ses clips «Bad Girls» et «Born free». Cette fois-ci, c’est toute seule qu’elle réalise une vidéo on ne peut plus actuelle. Les plans grandioses et les déplacements chorégraphiés des migrants servent bien le message tout en le glamourisant. Certains plans sont très puissants, comme celui où l’on aperçoit un bateau fait de dizaines de migrants alignés. Ces derniers, avec leur uniforme et leurs cheveux coupés courts, ressemblent étrangement à des soldats, qui se battent toutefois pour survivre plutôt que pour tuer.

Les plus attentifs auront remarqué le mot «LIFE», formé par des hommes agrippés à une clôture barbelée. Ou encore, le chandail modifié de l’équipe de soccer Paris Saint-Germain que M.I.A. porte. On peut y lire «Fly Pirates» au lieu de «Fly Emirates», le slogan de la compagnie aérienne Emirates qui commandite l’équipe, ainsi que les initiales de la Banque Nationale du Qatar, brodées plus subtilement sur sa manche. Il s’agit d’une référence au scandale qui a entaché la Coupe du monde de football de 2022, qui a révélé que ses futures installations étaient construites par des immigrants travaillant dans des conditions atroces, près de l’esclavage.

M.I.A. dédie ce clip à son oncle Bala, décédé peu après la sortie de la vidéo cette semaine. Cet homme qui l’a beaucoup inspirée tout au long de sa carrière, serait, selon elle, l’un des premiers immigrants tamouls à s’établir au Royaume-Uni dans les années 60.

mia