Pari réussi pour Dead Obies

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Deux ans et demi après la parution de Montréal $ud, qui avait à la fois séduit et choqué les critiques montréalaises, le sextuor post-rap Dead Obies propose son deuxième album, Gesamtkunstwerk. Tiré d’une expression allemande qui signifie «œuvre totale», le projet a débuté au Centre Phi en octobre, alors que le groupe offrait, accompagné de musiciens et de choristes, une série de trois spectacles au cours desquelles il ne présentait que de nouvelles pièces. Remodelés et peaufinés par le producteur VNCE, les enregistrements des concerts ont donné naissance à Gesamtkunstwerk, un album unique, bien que décousu.

Les premiers sons de la pièce d’ouverture DO 2 get transportent immédiatement l’auditeur dans l’ambiance de la foule du Centre Phi, ce qui confirme aussitôt la pertinence du concept. 20some, qui a probablement la plume la plus affûtée du groupe, débute avec un verse personnel très solide et il est très bien succédé par ses camarades. La production changeante et originale de cette pièce nous rappelle les bons moments de Montréal $ud. La production reste d’ailleurs le point fort de tout l’album Gesamtkunstwerk ; Wake-up Call, Explosif  et Aweille! se démarquent grâce à leur construction évolutive réussie.

La deuxième pièce, Waiting, qui raconte la nervosité backstage qui précède le moment d’entrer sur scène, puis le moment de vérité, confirme elle aussi la pertinence du concept ; la track plonge encore davantage l’auditeur au sein de la crowd du Centre Phi. La piste est très efficace, avec des raps solides et un refrain ultra accrocheur chanté par Bear. Il semble d’ailleurs que Bear soit devenu le Nate Dogg du collectif, signant la majorité des refrains de l’album. Personne ne peut s’en plaindre ; il a la voix parfaite pour remplir ce rôle.

L’apport des musiciens et des choristes rend l’album plus vivant, plus harmonieux et chaleureux. Johnny est le meilleur morceau de l’album. Avec ses clins d’œil à Leloup et à Ol’ Dirty Bastard et ses airs de G-funk californien des années 90, la chanson est parfaite : des bons verses, un refrain entraînant, une baseline crémeuse et une énergie contagieuse.

Le propos

Dans l’ensemble, les raps sont excellents et traitent davantage de sujets personnels et anecdotiques que de la vantardise qui est souvent très présente dans le hip-hop. Props à Yes McCan qui confie à ses fans, tout au long de l’album, certaines vérités sur le groupe, notamment au sujet de ses difficultés financières qui persistent malgré son succès. Jo RCA, lui, assume toujours à merveille le rôle du jeune prodige, avec son flow percutant et son arrogance. Snail est, quant à lui, moins convaincant ; son verse sur Aweille! est complètement incompréhensible et il utilise abusivement le mot nwigga sur plusieurs morceaux, comme dans son projet Brown. Ce terme semble presque lui servir de béquille.

L’album compte par contre trop de pièces américanisées et commerciales comme Jelly, Lil’ $, Moi pis mes homies et Where they @, dont la mélodie rappelle un peu trop Fancy de Iggy Azaela. Dead O semble vouloir offrir des pièces plus accessibles et plus propres à l’ère hip-hop actuelle, mais il dénature un peu son œuvre en le faisant. En cherchant à produire un tas de singles vendeurs avec des refrains imposants, le groupe livre un second album plus disparate et moins narratif que Montréal $ud. Une chose certaine, Dead Obies tente de make it ($) dans un marché québécois où le hip-hop demeure – et pour combien de temps? – marginal. Plutôt difficile de lui en vouloir.

 Le constat

Au final, le pari est réussi pour les Dead Obies. Avec le documentaire qui met en images le processus de création de l’album, les enregistrements de la crowd et l’album lui-même, l’œuvre est totale. Le groupe frappe fort avec ce deuxième opus. Un peu trop fort dans la pop par moments, mais la formation innove et évolue. Elle est désormais ancrée dans le paysage florissant du hip-hop québécois.

Jules Dumontet

Auteur Jules Dumontet

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