Koriass en quête d’amour

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«Prochaine station : RAPKEB», sur la page Instagram de Koriass

Pratiquement trois ans d’attente : C’est l’horrible supplice qu’aura fait subir Koriass aux fans du rapkeb. Le quatrième album solo du rappeur, Love Suprême, sera disponible chez les disquaires dès le 5 février. Et il était temps.

En 2013, le rappeur du hood de Saint-Eustache avait frappé fort avec Rue des saules, son troisième album en carrière. Rempli de peine et d’angoisse, l’album avait salué un côté plus sombre de l’auteur, qui sortait alors d’une longue dépression. Beaucoup de jazz, de temps slow et d’airs de bum. Mais de bum triste.

Aujourd’hui, Koriass aime, et beaucoup. Mais, en même temps, il déteste l’amour. Surtout le fake, surtout quand il en a besoin à tout prix. Surtout quand on lui dit que se déclarer un rappeur féministe, c’est chercher des «clics».  Peu importe, l’amour reste suprême pour l’artiste.

L’album Love Suprême offre douze pièces généreuses et sans prétention, un caractère recherché derrière la composition. À ce sujet, le rappeur s’explique :

« La recherche d’approbation est une plaie dans mon existence qui m’empêche souvent d’être productif et honnête dans ma création. D’où le thème de l’album. Dans mon désir absurde d’entrer à tout prix dans la légende et de devenir éternel, cet album se veut un memento mori, un rappel de ma moralité. L’amour suprême devrait surtout être redonné au lieu d’être reçu et absorbé pour nourrir cette bête à l’appétit sans fin au creux du ventre, bête que l’on appelle le narcissisme. Tuons la bête une fois pour toutes. »  

Koriass a fait appel à Ruffsound et à Philippe Brault, ses co-compositeurs, pour mettre en musique ses textes. C’est également eux qui avaient collaboré au EP Petit Love, paru par surprise le 18 décembre. Si l’on avait reproché à Koriass de multiplier les mêmes rythmes dans le passé, c’est aujourd’hui le contraire. Les airs sont hyper originaux, imaginatifs et transportent réellement dans l’univers de la composition. Mention toute spéciale à la pièce «Légendaire», une chanson qu’on ne peut qu’écouter en boucle jusqu’à la fin des temps. «Encore une bonne raison pour rapper dans le mic!»

Avec Love Suprême, une chose est sûre : l’influence américaine fait son chemin. Notamment, lors de l’écoute du premier extrait de l’album, «Zombie», on ne peut s’empêcher de penser à la pièce «Black Skinhead» du controversé Kanye West, paru sur l’album Yeezus. Un autre qui n’a pas peu d’amour à donner (à lui-même).

Du côté des collaborations, rien de nouveau : l’amour se partage allègrement dans l’univers du rap québécois. Koriass a fait appel à plusieurs de ses comparses afin d’égayer ses morceaux. Il est notamment possible d’entendre le rappeur Larry Kid (LLA) sur la pièce «Jolies filles», qui détonne un peu avec le reste de l’album en raison de sa sonorité plus lourde, du déjà-vu qui déçoit.  Loud (LLA) vient quant à lui ajouter sa touche personnelle avec «Pardon», qu’on peut déjà anticiper comme l’un des moments forts des spectacles de Koriass. Un hymne à s’époumoner.

Entre les morceaux, l’album inclut cinq interludes de «Hate», articulés par l’acteur Gilbert Sicotte. À travers l’album, cette «conscience» guide le rappeur dans sa quête d’humilité, quelque chose de rare dans le métier.

Love Suprême est certainement le meilleur album du rappeur à ce jour. Lors de l’écoute, difficile de ne pas se sentir proche d’Emmanuel, le p’tit gars de Saint-Eustache plein d’angoisse. Si le thème général du «rappeur en quête d’humilité» est à la mode depuis quelques temps, il s’agit quand même d’un passage obligé pour l’artiste, qui s’en sort plus que très bien.

Le lancement du disque Love Suprême aura lieu le 5 février au Cercle, à Québec. Le lancement montréalais (wouhou!) se déroulera, quant à lui, le lendemain, au Club Soda. Et il reste encore des billets!