Une pluie d’imaginaires raconte l’humanité

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Crédit Photo: Site officiel du Festival interculturel du conte du Québec

Une soupe de cailloux aux effluves appétissants, un homme et un loup qui changent de corps et un surhomme plus rapide que le train: l’invraisemblable ne se sera pourtant jamais avéré si juste.

Le rideau se lève sur l’amphithéâtre de la Maison de la culture Frontenac, une foule d’âges variés (ne comptant néanmoins que peu de jeunes âmes sous la trentaine) amalgamée pour célébrer une forme d’art ancestrale, le conte. Il y a quelque chose de particulier à être rassemblés afin de seulement écouter ensemble. Parce qu’ici l’important n’est pas d’analyser le plan tourné ou d’admirer les prouesses techniques de notre musicien favori, mais bien de se laisser emporter par la puissance de la simple parole.

La Grande nuit du conte est désormais une tradition au Festival interculturel du conte du Québec (FICQ). Organisée par la nouvelle directrice artistique, Stéphanie Bénéteau, la soirée regroupe une quinzaine d’artistes d’ici et d’ailleurs, venus célébrer l’ouverture de la 13e édition du festival en racontant, aux dires de la directrice, «l’histoire d’une tumultueuse humanité».

Stéphane Guertin, Marc Laberge, Galant tu perds ton temps, Céline Jantet et Nadine Walsh, du Québec, partagent la scène avec Najoua Darwiche, une Française d’origine libanaise, Michèle Nguyen, une Belge vietnamienne, Taxi Conteur, de la Côte d’Ivoire, Jean-Marc Derouen, de la Bretagne et Michel Hindenoch, de la France. Chacun d’entre eux dispose d’une trentaine de minutes qui leur sont allouées.

Les imaginaires se succèdent, les rythmes et les tonalités varient, certains sont seuls sur scène, pieds nus, d’autres sont accompagnés d’un instrument, non sans évoquer le troubadour mélancolique. Tous les conteurs ont en commun la puissance du récit et une langue française richement colorée, si bien que l’on se surprend à faire abstraction de l’originalité du contexte (nous qui faisons généralement rimer «conteur» et «clin clin» de bord du feu qui narre une histoire d’épouvante entre deux Wonderwall grattés à la guitare). Dès leurs premières phrases, on s’attache aux protagonistes sans véritablement s’en rendre compte, anticipant le dénouement avec impatience, aussi loufoque soit-il.

Perçus par quelques-uns comme étant réservés aux enfants, certains contes relatés touchent, au contraire, à des sujets plus sombres. La conteuse Céline Jantet l’explique d’ailleurs avec humour : «maintenant que vous êtes grands, on peut vous le dire, la vraie histoire».

Il y a quelque chose de touchant dans le fait de renouer avec la littérature de tradition orale. Parce que l’essor du monde virtuel a relayé au rang des souvenirs la transmission du savoir et des légendes, il peut être bon de renouer avec les imaginaires. Imaginaires au pluriel. Après tout, la province ne compte pas que Fred Pellerin.

Le FICQ offre plusieurs spectacles jusqu’au 25 octobre, en français comme en anglais, entre les murs de Montréal, mais également à Calixa-Lavallée, Lévis, Otterburn Park, Lavaltrie et Ottawa. À voir, notamment, les contes contemporains Audacieux et Allumés, les spectacles du volet Femmes d’ici, femmes du monde et le nouveau partenariat des Contes au musée.

http://www.festival-conte.qc.ca/2015/