Ton subconscient sur un bout de papier

Par 5 décembre 2013 Lettres Aucun commentaire
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L’écriture automatique. Simple exercice de style? Percée du subconscient? De la littérature à la psychologie, en passant par le spiritisme (mais ça, c’est une autre histoire…), l’écriture automatique déclenche chez certaines personnes l’étincelle qui leur ouvre la voie vers l’inspiration. Décrocher complètement, vider son esprit et laisser aller sa plume, voilà les éléments essentiels pour vivre un moment où les mots prennent toute la place.

Ce sont les surréalistes du début du XXe siècle qui ont expliqué pour la première fois en quoi consistait exactement l’écriture automatique. André Breton s’est inspiré des travaux de Sigmund Freud à propos de l’inconscient pour élaborer cet exercice. Pour eux, l’écriture automatique était une des voies à suivre si on voulait faire abstraction de la réalité et atteindre, le plus près possible, l’état de subconscience:

«Placez-vous dans l’état le plus passif, ou réceptif, que vous pourrez. Faites abstraction de votre génie, de vos talents et de ceux de tous les autres.[…] Écrivez vite sans sujet préconçu, assez vite pour ne pas retenir et ne pas être tenté de vous relire.»

-André Breton, Manifeste du surréalisme

Que reste-t-il de l’écriture automatique de nos jours? Est-elle passée aux oubliettes avec de vieux Cadavres exquis? Pour Anne Guilbault, auteure professeure de littérature, la réalité de l’écriture automatique se vit encore aujourd’hui autant dans son travail d’auteure que dans les salles de classe. «L’écriture automatique se rapproche un peu de l’état d’inspirations, dit-elle. Il y a des moments de grâce où tu te mets à écrire et tu as l’impression que les mots viennent tout seul.»

Ce n’est pas qu’un simple jeu pour les étudiants en lettres, l’écriture automatique peut être très utile même lorsqu’on est rendu au stade d’écrivain. Anne Guilbault, dont cinq romans ont été publiés, aborde dans ce sens : «Des fois je me rends compte, quand j’écris et que ça se passe bien, c’est comme des petits moments d’écriture automatique.» De plus, lors d’une panne d’inspiration, l’écriture automatique est un bon outil de dépannage. «Quand j’ai une idée de départ, que je tâtonne là-dessus, là, je vais prendre un carnet et je vais écrire à la main» confie-t-elle.

Me prêtant moi-même au jeu, voici mon exemple d’écriture automatique, spontanément réalisé sur le coin d’une table:

Courir pour ne pas se perdre et bouger toujours ne pas mourir de rien oublier qu’on survit ici maintenant dans une joie d’œuf et de sang pour autant perdre de vue la maison (illisible) et pleine de rêves prémonitoires rien pour répandre le temps qui perd de sens oublier le mot que le crayon écrit ici ne jamais penser au désordre qui s’en suit juste plonger et voir qu’après tout est pareil et pas bin d’ici tu me diras que tu ne peux plus pleurer mes mains veut te montrer que j’ai réussi guérir les oiseaux qui passent me donnent la nausée je peux partir demain sans jamais mordre les dents d’en haut tu ne sauras pas que je t’avais déjà croisé de l’autre côté de mon corps…

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Prisca BENOIT
Journalisme