Entretien avec Totalement Sublime : paver son propre chemin

Quatre mois après la parution de son tout premier album, le duo Totalement Sublime a figuré parmi la sélection du festival M pour Montréal, raflé les palmarès de plusieurs stations de radio et vu ses vinyles se vendre comme de petits pains chauds. Le Culte s’est (virtuellement) assis avec lui pour discuter création, expérimentation et inclinaison assumée vers la banalité.

Né de l’heureuse collision entre Élie Raymond, du groupe Foreign Diplomats, et Marc-Antoine Barbier, du groupe Choses Sauvages, Totalement Sublime – à l’album éponyme – se présente comme un amalgame éclaté de synthétiseurs et de saxophones, d’échantillons sonores dénichés ici et là, mais surtout d’essais-erreurs. « On n’avait rien écrit à l’avance. On se rencontrait avec des instruments, on essayait des choses et on voyait où ça nous menait », témoigne Marc-Antoine. C’est, à ses yeux, la raison pour laquelle l’album de pop expérimentale a vu le jour au terme de deux ans de travail – et au beau milieu des obligations respectives des musiciens. Tâche qui peut sembler complexe mais qui, en réalité, était un « projet parallèle échappatoire où on faisait tout ce qu’on voulait », exprime-t-il.

Les deux artistes, dont l’association relève notamment d’une admiration commune et atypique pour la musique japonaise des années 80, tenaient à mener le projet avec la plus grande autonomie. Sans compter le mixage et le mastering, ils ont tout bâti seuls, de la composition au maniement de seize instruments – incluant une vieille boîte à rythme appartenant au père d’Élie. La charmante facette « fait maison » de l’album, qui se traduit tantôt par des séquences de batterie « un peu tout croches », tantôt par des jappements de chien enfouis sous les mélodies ambiantes, est entièrement endossée par les deux multi-instrumentistes. « C’est ça, l’esthétique de l’album », déclare Marc-Antoine. Un produit sans prétention, mais empreint d’audace et d’avidité pour les  sentiers moins empruntés.

Le concept : ne pas en avoir

Les mots « Totalement Sublime » ne sont pas une louange envers sa propre musique, tient à préciser le duo au détour d’une phrase. L’intention est plutôt de sublimer l’ordinaire, « les banalités de tous les jours », indique Élie. Les voix, lointaines, racontent des histoires toutes parfaitement anodines. Les journées pluvieuses, les lumières au plafond, les conversations du quotidien : « des trucs dont on se fout et qu’on essaie de rendre grandioses », résume Marc-Antoine.  Ce sont pourtant des tableaux tout sauf inintéressants qui s’extirpent de leurs chansons aux thèmes presque naïfs. Le « langage » de Totalement Sublime atteint son zénith dans PK 5, où l’absence de substance est abordée franchement : « Je n’ai pas d’histoire à raconter, je veux chanter à propos de rien », entend-on dans le morceau.

Des doutes subsistent quant à l’espérance de vie du projet, que les musiciens qualifient d’« embryonnaire » et de « premier jet ». Chose certaine, ils ne comptent s’imposer aucune forme de pression. « Le but de tout ça, c’est de ne pas avoir de contraintes », soutient Élie, qui collectionne les parutions cette année : deux albums solos puis un avec Foreign Diplomats, outre Totalement Sublime.

Mettre un pied dans l’univers agréablement désordonné des deux jeunes hommes, le temps de quelques pièces aux titres qui frôlent parfois l’incompréhensible, est assurément recommandé. Élie Raymond et Marc-Antoine Barbier ne dissimulent pas leur fierté devant l’album achevé, et on les comprend.

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Auteur Noémie Rochefort

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