Il y a cinquante ans…

(Crédit photo:  Jaclyn Turner)

Il y a cinquante ans avait lieu un des événements les plus importants dans la lutte contre le racisme au Québec: les Computer Riots de l’Université Concordia. Lors de ces événements, des centaines d’étudiants, blancs et racisés, ont pris possession du neuvième étage de l’édifice Henry F. Hall, où les ordinateurs étaient situés, et ont décidé d’y rester de manière pacifique pendant quelques jours. Le tout s’est conclu le 11 février 1969 lorsque la police, appelée en renfort par l’Université, a décidé de sortir tout le monde par la force. Un incendie s’est déclaré, des étudiants ont été arrêtés et des dommages équivalant à des millions de dollars ont été recensés.

C’est donc cette histoire que la pièce Blackout: The Concordia Computer Riots raconte. De manière plus précise, la pièce dépeint les événements ayant mené à la prise du neuvième étage. Elle relate comment des étudiants noirs, lassés d’être victimes de racisme par un enseignant, ont décidé de se plaindre à la direction, mais sans succès. Elle décrit aussi la réalité de ces étudiants d’origine antillaise qui ont voulu changer les conditions dans lesquelles ils étudiaient, non seulement pour eux, mais aussi pour les autres. Elle raconte un pan de l’histoire montréalaise et québécoise que beaucoup ont oublié, ou n’ont même jamais connu.

Ce qui est beau dans Blackout, c’est la douceur de la pièce. Avec un sujet comme celui-ci, il aurait été facile de tomber dans la violence et dans la haine. Pourtant, les auteurs ont manifestement voulu mettre de l’avant la solidarité entre les protagonistes. Les étudiants, qui n’ont pas de nom dans la pièce, se soutiennent et sont déterminés à faire leur révolte de manière pacifique, ce qui contraste souvent avec le langage utilisé par les personnages leur étant opposés.

Il serait par contre incorrect de qualifier Blackout de théâtre documentaire. Malgré le fait que des faits réels soient relatés, la pièce prend position, sans l’ombre d’un doute. Il s’agit d’une oeuvre engagée qui a la volonté de raconter un combat et d’en souligner ses soldats. S’inscrivant aussi dans le Mois de l’histoire des noirs, Blackout a une mission de mémoire, celle de rappeler que le Canada a aussi un passé raciste et qu’il ne faudrait surtout pas l’oublier.

Même si c’est le propos qui touche les spectateurs, le format de la pièce est aussi bien réussi. Les acteurs, tous noirs, sont bons. La mise en scène est particulièrement réussie, la scène étant utilisée à son plein potentiel. L’ajout de son et de vidéos projetées sur les décors fait la différence et permet réellement aux spectateurs de se mettre dans l’ambiance et de comprendre l’amplitude des actions posées lors des événements de 1969.

Somme toute, Blackout est le genre de pièce qui nous rappelle qu’on en sait moins qu’on le pense. C’est le genre de pièce qu’on devrait tous aller voir pour en ressortir grandi et avec une nouvelle perception des choses. Si Blackout réussit à toucher au moins une personne,  ce sera mission réussie.