Et ils vécurent malheureux… / Des souris et des hommes

(Crédit photo: Caroline Laberge)

Des souris et des hommes, un chef-d’oeuvre de l’américain John Steinbeck, ayant notamment écrit Les Raisins de la colère, est, cette fois-ci, mis en scène par Vincent-Guillaume Otis au Théâtre Jean-Duceppe. Le texte de Steinbeck est traduit par Jean-Philippe Lehoux, de l’anglais à un québécois soigné, permettant de rapprocher l’histoire à son auditoire d’ici. C’est une oeuvre qui continue de traverser les décennies et d’être adaptée, car bien que son histoire soit crève-coeur et fataliste, celle-ci reflète la réalité.  

On y raconte l’histoire de deux bons amis. À les voir agir, on croirait des frères, l’un veillant sur l’autre du mieux qu’ils peuvent. George et Lennie se tiennent les coudes, dans une vie où, d’une ferme à l’autre, ils tentent d’amasser assez d’argent à la sueur de leur front. Ils aspirent un jour à être propriétaires de leur propre petit lopin de terre, de quelques poulets, de lapins et peut-être même d’une vache. Des souris et des hommes dépeint le rêve américain, celui qui est trop souvent pourchassé sans jamais être atteint. C’est à un dur dénouement que les deux copains devront se heurter. Outre la misère, la pièce expose des sujets dérangeants comme le racisme et la violence conjugale.

La répartition des rôles de la pièce est probablement ce qui fait le mieux revivre cette histoire racontée mainte et mainte fois déjà. George, interprété par Benoît McGinnis, remplit à merveille son rôle de grand frère envers son compagnon de route, en le protégeant et en ne le laissant pas tomber, bien que sa vie serait bien plus simple. Lennie, joué par Guillaume Cyr, est mon gros coup de coeur. C’est un personnage attendrissant malgré ses mains destructrices. En effet, Guillaume Cyr réussi par ses mimiques et son jeu d’acteur irréprochable à bien illustrer cet homme simple d’esprit qui, malgré ses fautes, ne demande rien d’autre que de flatter la douceur de notre monde. Inévitablement, vous  détesterez Curley, le fils du propriétaire, vous apprécierez le bon vivant de Carlson et de Slim et vous développerez de la compassion pour le vieux Candy et les rêves brisés de la belle Mae.

Sur scène, il y avait quelques bottes de foin, du bois de grange délimitant l’espace de jeu, ainsi que trois lits superposés, rappelant les dortoirs dans lesquels les travailleurs se reposent suite à une longue journée de labeur dans les champs. Ce décor banal évoque les temps plus simples durant lesquels l’histoire prend place, lors de la Grande Dépression dans l’Ouest américain. Un temps qui paraît si révolu, mais qui, au final, abrite les mêmes enjeux que les nôtres.

La pièce débute avec les acteurs déambulant sur scène, y entrant et y ressortant, toujours se replaçant aux mêmes endroits, comme une routine qui ne se brise pas. Les lumières s’assombrissent et laissent place à George et Lennie. C’est ainsi qu’ils donnent le ton à la pièce, alors que les autres acteurs restent sur les planches immobiles, dans la noirceur. À deux reprises, les comédiens s’immobilisent dans cette obscurité, soit au début et à la fin, ce qui ajoute un côté plus dramatique à un dénouement qui ne manque déjà pas d’émouvoir son plus robuste public.

La pièce orchestrée par Vincent-Guillaume Otis, Des souris et des hommes, se tiendra au Théâtre Jean-Duceppe jusqu’au 1er décembre 2018 et c’est très peu surprenant de savoir qu’elle compte déjà trois représentations supplémentaires, soit le samedi 24 novembre à 20h30, le dimanche 25 novembre à 14h30, ainsi que le jeudi 29 novembre à 20h.

Alexane Anglehart

Auteur Alexane Anglehart

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