Un modeste hommage au grand Félix Leclerc

C’est dans le cadre de la série OSM POP que la Maison Symphonique de Montréal recevait une dizaine d’artistes, le 13 et 14 novembre, afin de rendre hommage à ce géant de la musique québécoise qu’était Félix Leclerc. L’évènement avait lieu afin de donner suite à l’album Héritage, sorti en 2018, et de mettre de l’avant les mêmes artistes qui étaient présents lors de la soirée. La direction hors pair de l’orchestre et l’excellence des musiciens de l’Orchestre symphonique de Montréal n’a pourtant pas suffi à faire de l’événement une réussite totale, malgré la liste impressionnante d’interprètes qui performaient. 

Le concert a d’abord introduit son orchestre avec une brève pièce signée par son chef, Simon Leclerc, puis a accueilli Élémo, slammeur haïtien qui parsèmerait plus tard le spectacle de ces quelques pièces contées et tirées d’un des livres de Leclerc. La voix d’Élémo — quoiqu’éclipsée à multiples reprises par l’orchestre — a su faire voyager, plongeant directement la salle dans la beauté imagée des Flâneurs. Comme premier morceau, Emerik St-Cyr Labbé, l’auteur-compositeur du groupe Mon Doux Saigneur, a entamé Notre sentier, parcourant incessamment la scène de gauche à droite. Quoiqu’il ait performé de façon quelque peu nonchalante, tête penchée vers le sol du début à la fin de son morceau, la profondeur de sa voix nous rappelait bien celle de Félix Leclerc. 

Toujours est-il qu’à l’exception de quelques interprétations (celle de Salomé Leclerc ou encore d’Éric Charland, notamment) on ne semblait pas entendre celui à qui cette soirée rendait hommage. Plutôt un mélange légèrement trop éclectique de pièces qui semblaient se vouloir réinventées, mêlées à un orchestre grandiose, voire même trop présent. 

Heureusement, Marie Denise Pelletier et Marie-Élaine Thibert ont comme à l’habitude charmé l’audience avec leur voix puissante. Elles se mariaient naturellement à l’énergie de l’Orchestre symphonique, faisant sortir du lot leur interprétation. La voix douce de Matt Holubowski ou encore le timbre grave (mais parfois incertain) de Lydia Kepinski n’ont pas su surpasser l’ensemble musical pour s’approprier la scène : il est évident que l’audience s’attendait à plus. Néanmoins, la pièce « Les 100 000 façons de tuer un homme » chantée par le toujours énergique Émile Bilodeau a su faire triomphe malgré son début titubant ; on assistait à quelques pièces réussies et d’autres qui l’étaient beaucoup moins. 

Dans une salle connue pour sa somptuosité, avec un orchestre qui excelle ainsi qu’avec un répertoire d’artistes et de chansons intéressant, il est dommage que l’opportunité pour un concert mémorable n’ait pas été saisie à son plein potentiel. Une interprétation chantée qui se disait « surprise » du chef d’orchestre sur la pièce iconique « Moi, mes souliers » a fait rire ; un moment véritablement cocasse et pourtant empreint d’un talent sincère de la part de Simon Leclerc et de ses musiciens. 

Quoique la soirée ait été un agréable amalgame d’artistes émergents qu’il nous tarde de connaître davantage, des arrangements musicaux adaptés auraient peut-être rendu un meilleur hommage à l’œuvre imposante du grand Félix Leclerc, ainsi qu’une chance de plus aux artistes de la relève de se démarquer.

Emma Brien-Desroches

Auteur Emma Brien-Desroches

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