La tragique destinée de Vic et Flo

Personnellement, je suis toujours une adepte des films de Disney, même à vingt ans. Il y a quelque chose de magique dans les fins heureuses. Mais celle-là n’en était pas une.

La scène est presque vide. Les lumières se ferment, puis se rallument, laissant quelques secondes d’intervalle à chaque fois, pour laisser le temps aux yeux des spectateurs de percevoir une femme, seule au centre.

Elle s’appelle Victoria, ou Vic, pour les intimes. On comprend que la dame à l’allure décoiffée et aux vieux vêtements habite seule au milieu de la forêt dans une maison qui appartient à son oncle malade à l’hôpital.

Alors que la pièce est une adaptation du film Vic et Flo ont vu un ours de Denis Côté, sorti en 2013, certains spectateurs comme moi ne l’ayant pas vu ont mis un certain temps à comprendre ce qui se passait. Qui est-elle? Pourquoi semble-t-elle revenir de loin? D’où arrive-t-elle?

Elle sort de prison. Son agent de libération conditionnelle vient d’ailleurs souvent lui rendre visite, à l’amusement général des spectateurs. Son personnage, très humain, ne cesse de se faire “ramasser” par Vic qui n’apprécie guère sa présence.

À ce point-ci, j’avais de la misère à cerner où est-ce qu’on s’en allait avec tout cela. C’était jusqu’à ce que Flo, une jeune femme, est subtilement venue prendre Vic dans ses bras, avant de se lancer toutes les deux dans un élan d’amour et de sexualité.
Les deux femmes avaient visiblement une grande différence d’âge. S’étant rencontrées en prison, les deux amantes cherchaient le réconfort et la stabilité chez l’une et l’autre. Leur relation étant assez touchante, c’était difficile de ne pas se sentir attaché à elles.

Les jours passent. Les femmes, complètement isolées du reste du monde, tentent tant bien que mal de s’occuper et se sortir de l’ennui. Un beau jour, alors que Flo est partie suite à une chicane, Vic reçoit la visite d’une dame vêtue d’un habit de construction, disant travailler pour la ville. Celle-ci, très gentille et aimable, l’aide avec le jardin que Vic tente de commencer. Au gré de conversations bien amicales, Vic apprend même que la dame connaît Flo, qu’elle a déjà rencontré dans un bar.

Que pensais-je de la dame? Aucune idée, franchement. Elle m’avait l’air très gentille, inoffensive, et je ne saisissais pas quelle était son importance dans l’histoire.

Et c’est bien quand on ne se doute de rien que la vérité éclate: les lumières se rallument, et on voit Flo aux mains ligotées derrière une chaise, en panique. Bien sûr, c’était Mary, la femme de la ville qui était derrière cela. Il s’avérait alors qu’elle n’était pas qui elle prétendait être. On comprit alors qu’elle était liée au crime pour lequel Flo avait été envoyée en prison. Chose certaine, elle était en colère et revenue pour prendre sa revanche. On l’aperçoit munie d’un bâton de baseball, juste avant que les lumières nous laissent dans la noirceur, avec des cris d’horreur qui donnent la chair de poule.

Comme si ce revirement de situation n’était pas assez, la suite vous étonnera peut-être davantage.

Alors que Flo s’en est tirée avec un pied cassé, restant quelque temps dans un plâtre, la vie reprend son cours des choses. Malgré tout, les chicanes éclatent: Vic confronte Flo sur la nature de sa présence. Elle doute que la jeune femme profite du coin reculé des bois, afin de se cacher de ses ennuis.

C’est après une soirée au lac que les deux femmes reviennent au milieu de la nuit à leur domicile. Au loin, une lumière vive, blanche, qui clignote. En s’y approchant, un coup de tonnerre ahurissant surgit dans la salle. Les deux amoureuses se sont fait coincer le pied dans des pièges à ours, évidemment laissés avec soin par Mary, qui, on le croyait, en avait terminé avec sa revanche.

Personnellement, je suis toujours une adepte des films de Disney, même à vingt ans. Il y a quelque chose de magique dans les fins heureuses. Mais celle-là n’en était pas une.

L’agent de libération conditionnelle se réveille en pleine nuit. Il reçoit un appel. Il se dépêche pour aller vers ce fameux bois. On pense qu’il va réussir à les sauver, que tout va rentrer dans l’ordre.

Mais non. À son arrivée sur les lieux, il était déjà trop tard. Les deux femmes sont mortes, ayant perdu trop de sang, s’étant abandonnées à elles-mêmes.

Et voilà. Le rideau tombe et nous laisse sans mot.

La pièce Vic and Flo saw a bear présentée au Centaur Theatre était à la fois complexe et difficile à cerner. Les quatre acteurs ont réussi à faire vivre des émotions intenses grâce à leur superbe talent, sans parler des effets sonores et visuels qui ont apporté leur lot de succès à la pièce.

Maintenant, il ne me reste plus qu’à aller écouter le film, même si je sais que la fin ne sera pas comme celle des contes de fées.

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