The Great Tamer: les rêveries d’un monde désordonné

(Crédit photo : Julian Mommert)

Présenté à l’Usine C, The Great Tamer traverse les confusions de notre monde et confronte le spectateur à l’inévitable question de la mort dans toute sa lumière et son obscurité. Tel un conte en noir et blanc qui n’a ni début ni fin, l’oeuvre jongle de manière surprenante avec la douceur, la folie et la tragédie.

Metteur en scène, chorégraphe, performeur et concepteur de costumes, de maquillages et d’éclairage, Dimitris Papaioannou est un artiste grec qui semble avoir fait de la scène son logis de création. Or, c’est en maniant le pinceau qu’il fait ses premiers pas vers sa voie artistique. Les spectateurs devinent cette aspiration pour la peinture au moment où les artistes réinventent avec brio et un brin de fantaisie La Leçon d’anatomie du docteur Tulp, iconique oeuvre de Rembrandt où s’entrecroisent avec mystère la vie et la mort.

À certains moments, la pièce donne l’impression de survoler sur le surréalisme. La musique a des airs hypnotiques et les scènes, qui sont parfois répétitives, parfois loufoques, peuvent s’enchaîner simplement tout en étant dissociées de la précédente et de la suivante. Malgré l’absence de repère spatio-temporel, le public est invité dans ce voyage qui n’a de sens que si on arrête d’en chercher un. Ainsi, on peut facilement croire qu’on se trouve dans un rêve orné d’illusions et qu’on plonge dans l’énigmatique monde du subconscient.

Pour figurer le chaos du monde, l’oeuvre chemine avec justesse sur la sensibilité de l’équilibre soit par le jeu des hauteurs ou les mouvements acrobatiques des artistes. Dès lors, la vulnérabilité et la force se transforment en un amalgame qui donne le vertige. Le public est alors prévenu: tout tient en place, mais le temps d’un souffle, tout peut s’effondrer.

The Great Tamer n’aurait pas été aussi envoûtant et intrigant sans la prestation des artistes qui semblent flotter tant leurs mouvements sont précis et fluides. Simplement par leurs entrées et leurs sorties sur scène, ils ont la capacité de germer l’interrogation dans l’esprit du spectateur. Qui sont-ils? Combien sont-ils? Que cherchent-ils? Si ces questions sont à ce jour toujours dissipées dans le brouillard, la curiosité semée suffit pour faire fleurir notre volonté de chercher un sens à notre existence.

Tout comme après s’être réveillé d’un rêve improbable, mais magnifique, The Great Tamer laisse son public légèrement perplexe, mais étrangement émerveillé.

Nina-Rose Cassivi

Auteur Nina-Rose Cassivi

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