Le terrier: ou comment surmonter l’insurmontable

Aborder le deuil est toujours une question délicate au théâtre. Aborder la mort d’un enfant l’est d’autant plus. C’est pourtant le pari de la toute nouvelle production du Théâtre Jean-Duceppe, Le Terrier, mise en scène par Jean-Simon Traversy, codirecteur de la compagnie, dans un texte du dramaturge américain David Lindsay-Abaire. Celui-ci avait d’ailleurs remporté un prix Pulitzer en 2007 avec son texte. La pièce, produite en coproduction avec la jeune compagnie Tableau Noir, avait tout d’abord été présentée en 2016 à la salle Fred Barry du Théâtre Denise-Pelletier, où elle avait rencontré un franc succès.

Alors que 8 mois ont passé depuis la mort de leur fils Danny, Becca et Louis essaient péniblement de rapiécer les morceaux de leur existence. Tandis que Becca tente d’effacer toute preuve du passage de Danny dans leur vie, Louis s’active et tente de cacher tout signe de son désespoir. Les personnages qui gravitent autour d’eux essaient tant bien que mal de leur offrir un peu de réconfort, mais se retrouvent souvent confrontés à l’insurmontable tristesse des parents. Dans un texte empreint de sensibilité et d’humour, David Lindsay-Abaire construit des personnages tout en finesse et en nuances. N’hésitant pas à ajouter quelques passages humoristiques, l’auteur arrive à retenir l’attention du spectateur en créant un récit tragi-comique, permettant au public de respirer un peu malgré le drame. La traduction d’Yves Morin rend d’ailleurs justice au texte original.

Sur scène, on retrouve un plateau dénudé de tout accessoire. Au-dessus de l’aire de jeu est suspendue une énorme structure de bois, représentant peut-être l’épée de Damoclès, la lourde peine qui menace l’équilibre, déjà précaire, de la relation entre Becca et Louis. Les acteurs sont ainsi laissés seuls sur scène, ne pouvant se cacher derrière aucun artifice. Avec l’intensité du drame et étant dépourvue de repères matériels, l’attention est alors entièrement portée sur les acteurs. Ceux-ci ont donc la lourde tâche de captiver le public dans l’énorme salle du Théâtre Jean-Duceppe. Si tous les comédiens arrivent à offrir des moments d’émotion brute, il faut dire que l’interprétation semble parfois un peu caricaturale, surtout dans les moments plus humoristiques qui paraissent un peu décalés par rapport aux scènes plus dramatiques. J’aurais souhaité voir la première version, jouée à salle Fred-Barry pour l’intimité de la salle, qui devait bien servir l’intimité d’un thème comme le deuil parental. Au final, c’est un peu sur ma faim que je suis sortie de la pièce dans laquelle j’aurais voulu voir un jeu plus nuancé, plus fragile, bien qu’il s’agissait d’une belle proposition artistique, abordant un thème trop peu mis de l’avant.

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