Revisiter des œuvres artistiques par le mouvement

(Crédit photos: Compagnie Marie Chouinard)

Les pièces Les 24 Préludes de Chopin et Henri Michaux : Mouvements de la chorégraphe montréalaise Marie Chouinard n’ont pas grand-chose en commun, si ce n’est qu’elles font référence au travail d’artistes reconnus mondialement : le pianiste et compositeur Frédéric Chopin dans Les 24 Préludes de Chopin ainsi que le poète et peintre Henri Michaux dans Henri Michaux : Mouvements. Malgré tout, elles rassembleront à l’Usine C jusqu’au 8 décembre des centaines de curieux venus voir des danseurs habiter des œuvres et les personnifier dans leurs mouvements.  

Dans Les 24 Préludes de Chopin, des danseurs s’élancent au rythme de l’Opus 28. Les interprètes s’approprient les mélodies et personnifient la musique classique par leurs mouvements. Par exemple, ils lèvent frénétiquement les bras ou sursautent comme s’ils s’étaient fait assénés un coup lorsque la mélodie reprend de plus belle après une accalmie. Les interprètes dépeignent les mouvements de la musique de Chopin en suivant la cadence dans une exactitude presque chirurgicale.

24 courtes chorégraphies se suivent, mais ne se ressemblent pas, chacune étant à l’image d’un des Préludes de Chopin. À un moment, une interprète danse seule, effrénée. À un autre moment, cinq danseurs marchent sur scène sur une douce mélodie, la lumière découpant leur corps en mouvement. Les interprètes sont à l’écoute de la musique et les images créées illustrent à la perfection les mouvements des mélodies de Chopin.  

Après l’entracte, nous entrons dans un tout autre monde, univers toujours signé Marie Chouinard. La chorégraphe a lu maintes et maintes fois le recueil Mouvements (1951) du poète et peintre Henri Michaux qu’elle a déchiffré comme une partition chorégraphique, page par page, de gauche à droite. Les multiples dessins à l’encre de Chine lui évoquaient les mouvements du corps.

Le plancher noir de la scène de l’Usine C est dorénavant blanc. Un écran projette les pages blanches d’un livre. Une première image, un dessin à l’encre de Chine réalisé par Michaux, apparaît. Dès lors, une danseuse, toute de noir vêtue, s’élance rapidement sur la scène afin de reproduire avec son corps la tache sur l’écran. Les danseurs défilent sur la musique industrielle afin de recréer les formes abstraites. Tantôt seuls, tantôt à deux, à trois ou en ensemble, les danseurs bougent afin de reproduire les tracés abstraits de Michaux. Les interprètes deviennent les lignes des figures multiformes de l’artiste et tournent, s’élancent et se balancent afin de les animer.L’ensemble est stupéfiant. Les mouvements des danseurs s’emboîtent à merveille dans la musique classique de Chopin et les images de formes abstraites créées par les danseurs amènent une nouvelle texture hautement enrichissante à l’œuvre de Michaux. Les mouvements sont tellement justes que cela donne l’impression que les œuvres n’avaient jamais été entières avant d’entrer en contact avec les corps des danseurs.

Maude Faucher

Auteur Maude Faucher

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