Première Neige/First Snow

(Crédit photo: Bruno Guérin)

Je regarde par ma fenêtre l’eau qui dégouline du toit. L’hiver est bien installé et le soleil s’amuse à nous jouer des tours en nous faisant croire que ce sera bientôt le printemps. La température est clémente…pour aujourd’hui du moins! Mais détrompez-vous, je ne suis pas ici pour vous parler de la température.

En fait, j’aimerais prendre le temps de vous parler de la première neige. Pas cette première neige que nous envoi l’hiver en guise d’avertissement, mais bien de la représentation de la pièce de théâtre intitulée Première Neige/First Snow à laquelle j’ai eu la chance d’assister mercredi dernier, au Théâtre de Quat’sous. J’étais assise dans la salle comme je le suis aujourd’hui devant ma fenêtre givrée. Complice, je contemple.

Je contemple, car il me suffisait d’écouter et de regarder la pièce résultant d’une collaboration entre le Théâtre PÀP, la compagnie résidente au Théâtre de Quat’Sous et le National Theatre of Scotland. Enfin, j’étais complice, puisque les personnages, qui parlaient directement aux spectateurs grâce à des apartés, nous engageaient à ne pas les juger trop vite pour plutôt essayer de comprendre leur point de vue. Ces points de vue qui diffèrent, cependant, puisque le principal sujet, les référendums, est délicat à aborder.

D’ailleurs, ce sont eux, les interprètes, qui ont su maintenir les différents morceaux de la pièce ensemble par leur talent incontestable. La mère de famille, par exemple, jouée avec brio par la comédienne Isabelle Vincent tente désespérément de garder sa famille unie, et ce, malgré les différentes opinions de chacun de ses membres, un peu comme les racines d’un arbre qui maintient debout son tronc.

Sinon, elle se serait peut-être écroulée.

En effet, j’ai eu l’impression d’être propulsée d’un pays à l’autre, en voyageant du Québec à l’Écosse et même jusqu’au Congo. Le multiculturalisme des personnages de Première Neige/First Snow rend la pièce unique, mais est également son point faible. D’abord, puisqu’il nous est difficile au départ de comprendre les différents liens qui unissent les personnages, mais également, parce que chacun d’entre eux arrive à nous soulever, sans jamais nous permettre de nous envoler. On comprend qui ils sont, d’où ils viennent et quelles sont leurs valeurs et leurs intentions. On n’apprend malheureusement pas à les connaître réellement, bien qu’on en ait envie.

D’un autre côté, j’ai beaucoup aimé le fait que la langue de Molière soit mélangée à celle de Shakespeare. Cela apporte à la pièce une mélodie composée de différents accents créant ainsi une harmonie qui, à ma surprise, est très agréable à écouter. Cependant, il faut avoir une certaine connaissance de l’anglais pour arriver à être touché par cette mélodie.

Ce qui m’a émerveillée le plus c’est la présence perpétuelle des personnages dans l’espace de jeu. Les comédiens, qui portent leur propre nom sur scène, deviennent, par moment, eux-mêmes spectateurs. Ils se mélangent à nous, contemplant et se questionnant pour ensuite retourner sur l’aire de jeu. De plus, l’enchaînement des scènes, ponctué par des effets sonores, donne lieu à une chorégraphie qui frôle la perfection.

Finalement, l’humour présent dans Première Neige/First Snow apporte à la pièce une légèreté rafraîchissante qui nous attribue la force nécessaire pour passer au travers l’hiver froid et dramatique, comme il peut l’être au Québec. L’espoir nous permet ainsi de rêver au printemps, forme de liberté, qui ne tardera bientôt plus à arriver.

La pièce est présentée jusqu’au 23 mars.

Karolane Brochu-Ouellet

Auteur Karolane Brochu-Ouellet

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