Pierre et le loup : d’une pierre deux coups

C’est le 16 octobre dernier que le Théâtre du Nouveau Monde a amorcé la deuxième période de confinement avec la présentation virtuelle du conte musical Pierre et le loup, de Prokofiev. Les procédures de diffusion via web étant déjà entamées avant la fermeture des lieux de rassemblement, gageons que le théâtre était bien heureux d’avoir prévu le coup – et le public aussi.

Le spectacle-concert du compositeur russe s’impose comme une tradition, à la fois dans la conscience collective et dans le monde de la musique classique. Pierre, un petit garçon vivant en harmonie avec la nature qui l’entoure, fait preuve de courage lorsqu’il capture un loup et l’emmène au zoo, le sauvant ainsi des chasseurs et de leurs balles. Les personnages sont respectivement représentés par un instrument, soit la flûte traversière pour l’oiseau, la clarinette pour le chat et le cor français pour le loup, entre autres. Bien que le personnage de Pierre soit soutenu dans la version originale par un quatuor de cordes, l’Orchestre Métropolitain, dirigé par le chef d’orchestre Nicolas Ellis, s’est donné le défi de réaliser l’entièreté de l’œuvre par ce simple quintette à vent. Jonglant entre solos et accompagnements, les musiciens font preuve d’une rigueur remarquable et rendent hommage à une œuvre qui a été revisitée abondamment. Installés en plein centre de la scène, ils font partie intégrante du récit et agissent comme guides pour les comédiens.

Par les éclairages et les accessoires personnalisés, le conte s’avère un exercice de style où l’on a tenté d’associer les sons pas uniquement à des personnages, mais aussi à des couleurs, des formes et à l’expression corporelle. L’adaptation, mise en scène par Lorraine Pintal, permet donc une expérience immersive très imagée. La musique et le jeu des acteurs – on l’aura dit, très axé sur les mouvements et sur la présence scénique – agissent en parfaite cohésion : l’un fait comprendre l’univers de l’autre. Mme Pintal l’a soulevé en entrevue avec M. Ellis : « Qui est le boss, en fait, dans Pierre et le loup »? La mise en scène, la musique, ou encore la narration, qui lie les deux univers ensemble? On ne saurait dire qui dirige le tout, car les interprétations musicales et théâtrales se lient presque d’emblée.

Chose certaine, Pierre et le loup a accompli le mandat qu’il s’était donné en rendant le théâtre accessible à la famille tout en redéfinissant l’imaginaire de l’enfance chez les plus grands. La collaboration entre le Théâtre du Nouveau Monde et l’Orchestre Métropolitain promet un second spectacle tout aussi immersif: dès le 23 octobre prochain, Le Petit Prince, un autre conte à la morale qui ne vieillit pas, sera présenté sur la plateforme web du TNM. 

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