La noirceur transposée sous toutes ses formes

(Crédit photo : Fabrice Gaëtan)

Noir, une pièce mise en scène par Jérémie Niel, est présentée au théâtre Quat’Sous depuis le 22 janvier dernier. Telle que promise, cette création issue d’une troisième collaboration entre le metteur en scène et l’auteure-comédienne Evelyne de la Chenelière transporte son public dans un univers encore inexploré. D’abord privés de la moindre lueur, les spectateurs n’ont droit qu’à quelques éclairs montrant des moments clés de l’histoire avant de se retrouver devant trois individus, apparus en un instant sur scène, égarés, perdus et encombrés d’un cadavre.

Dès lors s’en suit une dynamique plus qu’étrange entre ces trois personnages. Noir se voulant une expérience sensorielle unique, les dialogues se font rares durant la pièce et ne durent que le temps de quelques bribes. Ce n’est réellement que grâce à la trame sonore, prenant la forme d’une narration à plusieurs reprises, que le public est en mesure de se repérer. D’ailleurs, la conception sonore ayant été confiée à Sylvain Bellemare, récipiendaire de l’Oscar 2018 pour la meilleure composition sonore pour le film Arrival de Denis Villeneuve, témoigne de l’importance du son dans la pièce. Ainsi, cette capacité à rendre l’histoire complexe qu’a la pièce Noir, par les seuls biais du son et de la musique, est digne d’être saluée.

De plus, la mise en scène ingénieuse de Niel permet de distinguer les différents repères dans le temps, malgré un décor très restreint et la noirceur totale dans laquelle celui-ci est plongé pour les fins de la pièce. Ce sont ces détails qui permettent de compléter ce récit assez fragmenté.

Quant aux thèmes abordés par la pièce, ceux-ci sont habilement interprétés par les personnages, dont les performances sont hyperréalistes, et ce, de façon bouleversante, voire perturbante. D’apparence familière aux premiers abords, ces derniers sont confrontés à des ennemis insaisissables : eux-mêmes. Et ce cadavre avec lequel ils sont au pris est le reflet de cette capacité en chacun d’eux de servir tant le bien que le mal : d’une part, la dépouille est le résultat de leurs actes, d’autre part les trois individus ne peuvent s’en départir et tiennent du plus profond d’eux-mêmes à l’enterrer et à lui offrir une fin soi-disant digne.

Défiant la linéarité à laquelle nombreux d’entre nous sommes habitués au théâtre, où temps et espace sont plus que limités, Noir est une exploration audacieuse de l’ouïe et même de l’odorat à quelques reprises et fait preuve d’une créativité prometteuse dans le domaine du théâtre.

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