NICE TRY – belessai : ode à l’art spontané

(Crédit illustration): Sophie Latouche

Donner carte blanche à des créateurs et des interprètes locaux, le tout dans une contrainte de temps impressionnante: voilà le concept de NICE TRY – belessai, un événement artistique périodique présenté à l’Usine C.

Dans le cadre des festivités entourant la Nuit blanche de Montréal avait lieu la première mouture de NICE TRY en 2019. Empruntant la thématique de la soirée – le futur – un groupe de comédiens, de danseurs, de metteurs en scène et de chorégraphes avaient 48 heures pour créer cinq courtes pièces.

« C’est rare qu’on puisse se permettre de se bloquer deux jours pour jouer, proposer et rencontrer des gens qui sont sur les stéroïdes, artistiquement », dit avec reconnaissance l’interprète Zoé Lajeunesse-Guy, qui avait participé à la dernière édition, juste avant Noël.

Le résultat, complètement éclectique, laisse le public et les créateurs s’éclater dans un spectacle varié et convivial.  « Ça permet aux gens de tester de nouvelles choses en n’ayant pas peur de se planter », ajoute Coralie Léveillé, l’une des coorganisatrices et directrices artistiques de l’événement. Alexa-Jeanne Dubé et Marie-Philipp Lamarche et leur compagnie, À DEUX, s’occupent aussi de l’initiative. Le facteur du hasard est aussi non-négligeable dans la préparation créative, alors que les contraintes des différents segments sont attribuées aléatoirement.

L’on assure aussi un roulement des effectifs entre les éditions, tant chez les metteurs en scène que chez les interprètes. Pour celle-ci, NICE TRY pouvait notamment compter sur la dramaturge réputée Annick Lefebvre, qui a récemment présenté la pièce ColoniséEs au Centre du Théâtre d’Aujourd’hui. Le tout avait d’ailleurs été l’objet d’une critique de Laurence Proulx, plus tôt cette année, dans Le Culte.

Un autre aspect qui crée l’unicité de ces représentations est leur inclusivité: non seulement leur auditoire type est de tout âge, mais l’entrée est gratuite pour la plupart des occasions. Les artistes n’ont toutefois pas la garantie d’être rémunérés à chaque édition pour le moment. « On va faire les démarches pour être subventionnés, parce qu’il y a clairement un engouement », confirme Coralie Léveillé. Elle n’a pas tort: plus de 400 personnes s’étaient déplacées à l’Usine C le 1er décembre dernier.

Le produit culturel en tant que tel est hautement influencé par les contraintes de temps, de moyens et d’éphémérité. « Les créateurs peuvent se ramener vers la base, le côté davantage humain de l’art », ajoute-t-elle. En tant qu’interprète, Zoé Lajeunesse-Guy a vécu une expérience assez révélatrice: « Ça embrasse l’idée que ça doit être unique, qu’on ne peut pas vraiment réfléchir ». La spontanéité de l’exercice procure même un « sentiment concret d’adrénaline », selon la comédienne.

NICE TRY a le don, le temps d’un soir, de démanteler certaines traditions et coutumes qui peuvent décourager un certain public à faire une sortie au théâtre. Tout au long de la soirée de la Nuit blanche, un bar était à la disposition de l’assistance, une tatoueuse offrait ses services pour 40$ et une lectrice de tarot était présente à l’extérieur de la salle. L’ambiance décontractée n’affecte toutefois pas la qualité du contenu artistique. Chacun des segments apportait son lot de réflexions et proposait une vision épurée et rafraîchissante du sixième art.

La prochaine mouture de NICE TRY – belessai aura lieu au lancement de la saison 2019-2020 de l’Usine C, en août prochain.

Félix Desjardins

Auteur Félix Desjardins

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