Meryl McMaster : sublimer son identité

C’est  à l’intérieur d’une toute petite pièce que l’on se retrouve subjugué par l’exposition intime de l’artiste amérindienne Meryl McMaster. Présentée au Musée des beaux-arts de Montréal, dans le cadre de MOMENTA | Biennale de l’image, « Entre-Deux-Mondes » est la première exposition en sol québécois de l’artiste originaire d’Ottawa.

McMaster fait partie d’une génération d’artistes autochtones tentant d’explorer l’identité des Premières Nations et  leur horizon culturel. Celle-ci a choisi de s’exprimer à l’aide de la photographie juxtaposée à une approche performative. Ses photographies poétiques, voire fantomatiques, mettent en scène l’artiste subjuguant la nature, tout en arborant des costumes et accessoires traditionnels lui permettant de performer son folklore et son identité.

Ses autoportraits poétiques placent la femme, généralement  considérée comme passive au sein de nos sociétés patriarcales, au centre de ses représentations, réaffirmant son identité en tant qu’individu, mais également en tant que minorité. McMaster joue  sur la polarité de ses origines : Cri des plaines, membre de la nation Siksika (côté paternel) ainsi qu’eurocanadienne, britannique et néerlandaise – ( côté maternel). Elle s’interroge sur la réalité des individus métissés et leur sentiment d’appartenance à l’une ou l’autre de ses communautés entre lesquelles le dialogue peut parfois être complexe.

Si cette exposition percute le visiteur, cela tient avant tout au fait que la réalité des femmes autochtones marginalisées et violentées se retrouve de plus en plus dans l’actualité après des années d’obscurantisme. Alors que l’Enquête nationale sur les femmes et les filles autochtones disparues et assassinées a officiellement été lancée le 1er septembre 2016, l’exposition de McMaster rappelle au public que le travail de mémoire et de reconnaissance des violences faites à ses femmes doit demeurer une priorité. Si l’on veut rendre justice à ces victimes, des mesures nécessaires devront être prises.

Il est pertinent de s’attarder à l’usage de la photographie dans les portraits présentés par l’artiste. Si le processus créatif vient d’un besoin d’interprétation, de réactualisation et d’exploration de son identité – méthode hautement performative mise de l’avant par McMaster- le médium photographique demeure paradoxal.Contrairement aux arts performatifs, la photographie immobilise le corps vivant en le fixant dans le temps et l’espace. Celui-ci devient alors un objet de contemplation, mode de consommation artistique souvent considéré comme passif. Or, il serait faux, voire simpliste, de supposer que les œuvres de McMaster ne forcent pas le spectateur à réfléchir au delà de l’image. C’est d’ailleurs ce qui rend le travail de McMaster aussi puissant : l’idée de dépasser l’esthétique seule afin d’offrir des clichés évoquant l’identité, l’onirisme,, portant à bout de bras  les craintes et les espoirs de ces communautés malheureusement tenues dans l’ombre, alors le Canada fête, ironiquement, son 150e anniversaire.

Pour ceux et celles qui voudraient pénétrer l’univers sublime de Meryl McMaster, l’exposition se tiendra au Musée des Beaux-Arts de Montréal jusqu’au 3 décembre 2017. Un petit bijou d’exposition, célébrant le travail d’une grande artiste.

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