M’entends-tu?

(Crédit photo: Récupéré de Zone Télé-Québec)

C’est un pari risqué qu’a pris Télé-Québec en choisissant de diffuser, à partir du 16 janvier, les dix épisodes de M’entends-tu? (disponibles en intégralité sur le Web depuis le 15 décembre). La série, écrite par Florence Longpré, marque le retour du diffuseur public à la fiction pour adulte, genre qu’il avait délaissé depuis près de six ans. M’entends-tu? montre la pauvreté dans toute sa laideur, sa vulgarité et sa violence insidieuse, mais également dans sa grande humanité. C’était une décision ambitieuse, mais le jeu en valait la chandelle.

Les dix épisodes de 30 minutes montrent les aléas du quotidien un peu ordinaire – tels que camper dans les rues d’un quartier défavorisé de Montréal – de Ada, Carolanne et Fabiola. L’effrontée Ada (Florence Longpré) doit suivre une thérapie, afin de gérer ses excès de colère en plus de composer avec sa mère alcoolique. L’introvertie Carolanne (Ève Landry) fuit son ex et son passé familial difficile. Finalement, la colorée Fabiola (Mélissa Bédard) doit prendre soin de la fille de sa sœur toxicomane. Unies par le chant, qui a d’ailleurs un effet salvateur sur le trio, elles partagent ensemble leur quotidien tant dans les moments difficiles que dans les moments heureux et légers.

M’entends-tu? dépeint durement la pauvreté, mais ne la juge jamais. Florence Longpré a réalisé d’autres projets qui posent un regard humanisant sur la marginalité, notamment la pièce de théâtre Sylvie aime Maurice. C’est pourquoi elle avait envie de donner une voix aux gens issus de milieux défavorisés qui peuvent rarement prendre la parole. Elle avait, par contre, un réel souci de le faire avec dignité et amour, afin d’éviter de tomber dans la caricature maladroite.

Le ton de la série est donné dès le générique d’ouverture :

Des dessins animés montrent les jeunes femmes dans les rues de leur quartier défavorisé. Lors des dernières notes de la chanson du générique « M’entends-tu? », un petit dessin d’homme en camisole coiffé d’une casquette sort d’un carré et crie « Ta yeule ».

Les interactions et les dialogues entre les jeunes femmes sont simplement savoureux ! Ils désarment et surprennent parfois, de manière assez crue, mais ne sont jamais déplacés. Ils dépeignent simplement une réalité qui peut être dure et explosive.  

Malgré leur piètre situation sociétale, Ada, Carolanne et Fabiola essaient par tous les moyens de s’exprimer et de crier jusqu’à s’essouffler « M’ENTENDS-TU? » même si elles se font étouffer par leur milieu canalisateur.

Les personnages qui orbitent autour du noyau tentent eux aussi de se faire entendre du mieux qu’ils le peuvent. Ils personnifient à merveille la pauvreté intellectuelle et émotive. Guy Jodoin interprète un propriétaire malaisant qui est maladroitement amoureux, Isabelle Brouillette joue une mère-enfant alcoolique qui n’arrive pas à prendre ses responsabilités, tandis que Christian Bégin est méconnaissable dans le rôle d’une transgenre prostituée (son rôle a d’ailleurs été gravement critiqué par des membres de la communauté trans, qui ont indiqué que ce personnage était une caricature et qu’il perpétue les clichés et les mythes qui sous-tendent la violence faite aux femmes trans.)  

Mis à part ce personnage stéréotypé, c’est une première fiction télévisuelle sans faute pour Florence Longpré. M’entends-tu est une série décapante, désarmante, mais surtout humanisante et attachante !

Les dix épisodes de M’entends-tu? sont disponibles en intégralité sur le site Web de Télé-Québec jusqu’au 6 janvier. La série sera par la suite diffusée à Télé-Québec hebdomadairement à partir du 16 janvier. M’entends-tu? est une série parfaite à écouter en rafale pendant le temps des fêtes !

Maude Faucher

Auteur Maude Faucher

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