Lorsque la souffrance laisse place à l’art

Peut-être avez vous déjà vu le film suédois, oeuvre originale d’Ingmar Bergman. Peut-être, comme les metteurs en scène Félix-Antoine Boutin et Sophie Cadieux de cette première réadaptation à Montréal, vous aussi, un jour de Noël, « Fanny et Alexandre » a éveillé votre esprit et a marqué votre imaginaire. C’est un défi de grandeur que les deux acolytes se sont lancé de transposer le long métrage de Bergman de plus de trois heures en pièce d’un peu moins de deux heures, afin de l’offrir au public du théâtre Denise Pelletier.

L’ouvrage nous présente une famille aisée, unie et heureuse, malgré l’adultère étonnamment ouvert et accepté des grands-parents Helena et Gustav. Tout de même, ces derniers, les parents (Oscar et Émilie), l’ami de la famille (Isak) et la nounou (Maj) se tiennent les coudes, peu importe leurs ennuis. Les parents de Fanny et Alexandre dirigent un théâtre, et partagent leur amour des fables et du jeu à leurs progénitures.  Ils filent le parfait bonheur, jusqu’à la soudaine mort du père, ce qui viendra, petit à petit, chambouler leur unité familiale auparavant si forte. Un an suivant la mort du père, la mère, à la recherche de vérité et de compagnie corporelle, se remarie à l’évêque Edvard, ayant participé aux derniers hommages rendus à Oscar. C’est à partir de cette union que les événements prennent une tout autre tournure pour Émilie et ses enfants. Alexandre se renferme et se rebelle face à l’autorité – dictature – de son nouveau beau-père. Le garçon, très théâtral, nous guide par sa narration, quasi omniprésente lors de cette oeuvre dramatique entre la réalité et parfois le fruit de son imagination. La famille, en plus d’éprouver un amour profond pour le théâtre, aime s’y perdre et oublier pour l’instant d’une pièce, leur réalité parfois trop douloureuse. Lorsque ce n’est pas dans l’art du jeu, ils utiliseront le sexe ou l’alcool pour être heureux; à chacun sa potion magique de « bonheur »!

Je suis complètement tombée sous le charme de Gabriel Szabo interprétant Alexandre. Il est drôle, ses lignes sont tranchantes et apportent une authenticité à la pièce. L’arrogance de son personnage est juvénile, mais tant appréciée. La performance de Szabo était très rafraîchissante. Ève Pressault, interprétant Émilie, la mère, est tout aussi talentueuse dans son rôle.

Les textes sont si agréablement adaptés en un québécois soigné. Ceux-ci néanmoins n’aident pas à situer la pièce dans le temps. En effet, les personnages tiennent des discours se mariant à toute époque. Il en est de même pour les décors plutôt minimalistes. Parfois c’est un mur tapissé de fleurs, des tables ou même des chaises qui viennent délimiter les scènes. Il est difficile pour le spectateur de se situer dans l’espace lieux.

Félix-Antoine Boutin et Sophie Cadieux ont exploité la musique, afin de mettre l’intensité sur des scènes plus émotionnelles telle la mort d’Oscar.

Entre la réalité et les récits inventés – mensongers – d’Alexandre, on s’y perd en tant que public. Nous restons donc sur notre soif, sachant vaguement le dénouement de l’histoire. Somme toute, c’est une pièce à laquelle j’ai assisté avec beaucoup de plaisir et où j’y ai fait de belles découvertes.

Il vous est possible d’assister à « Fanny et Alexandre » au théâtre Denise Pelletier jusqu’au 23 février 2019.    

Alexane Anglehart

Auteur Alexane Anglehart

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