L’Encre Noire : métissages spirituels, mystiques et religieux

Crédit photo: Valérie Boulet

Présentée à l’Agora de la danse de l’édifice Wilder, la pièce L’Encre Noire ne manque pas d’originalité. Première pièce du collectif féminin LA TRESSE, les trois chorégraphes interprètes puisent dans leurs origines québécoises, roumaines et irlandaises pour nous livrer un spectacle qui explore le folklore, le sacré et la fantaisie. Si la pièce parvient à présenter quelque chose d’intéressant et d’intrigant, l’aura mystique et les tableaux dansés supplantent malheureusement l’intelligibilité des propos.

Le groupe a voyagé en Irlande pour y puiser de l’inspiration et s’imprégner des énergies de la culture et de la terre. Le mysticisme et le folklore du pays imprègnent la pièce toute entière, se ressentent dans chacune des chorégraphies. Erin, aux origines paternelles irlandaises, amène sur scène le souvenir des paysages dans son corps et les montre de cette façon plutôt que sous forme de projections visuelles. 

Le public ne le remarque pas tout de suite, mais quand il entre dans la pièce, une épaisse couverture est déjà présente sur scène. Alors que les chuchotements diminuent et juste avant que la lumière ne s’estompe complètement, les spectateurs réalisent que des formes se mettent déjà en mouvement. Des orteils, des pieds et puis des jambes sortent de ses falaises imaginaires et ondulent vers le haut, un puits de lumière coule sur les masses Une fougue se fait sentir, en parfait contrôle, leurs muscles ondulent sous leur peau, une naissance se produit sur scène, ou plutôt, trois naissances. Cette scène achevée, digne d’un tableau, trois corps nus se distinguent dans la pénombre avant de disparaître à nouveau.  

Magicienne, Prêtresse et Impératrice sont les trois figures que les femmes se sont attribuées. Un imposant triangle mystique orne le fond du décor, y ajoutant de la profondeur. Sous son œil mystérieux, les va-et-vient sur scène proposent plusieurs tableaux et leurs entités. L’Impératrice fait claquer ses talons d’un air sévère, à la fin de sa ronde, deux ingénues à l’énergie libertine la suivent en formation. L’intention de la pièce n’est pas de poser un commentaire sur le féminisme, mais de proposer la beauté de la contrainte sacrée que peuvent représenter, par exemple, les couvents. Les thèmes des relations entre femmes et de la sororité religieuse illustrent parfaitement la diversité des archétypes féminins qui processionnent devant les spectateurs.

Les interprètes n’ont pas peur de se mettre à même le sol, se fusionnant et créant de nouvelles formes et images avec leur corps. Par leur jeu horizontal, elles s’assemblent et se fragmentent dans leurs histoires. La musique du regretté DJ et concepteur sonore franco-canadien Marc Bartissol se fait enveloppante. Transcendante, elle transporte l’individu au-delà des collines, le fait s’immiscer dans une abbaye et fait résonner à son oreille les échos d’une grotte.

L’Encre Noire est une création mystérieuse et transparente : d’un côté les nombreux référents auxquels est confronté le public peuvent le confondre; de l’autre, les mises à nu, dans tous les sens du terme, évoquent fièrement l’audace des interprètes. Fortes de leur formation particulière, les chorégraphes nous livrent une histoire touchante et puissante. Ayant adopté une méthode de création horizontale, chacune des femmes apporte son élément créatif au spectacle, engendrant un univers commun remplis de contrastes qui traverse les âges. Cependant, le public est distrait par les trop nombreux tableaux et les propos qui y sont amenés. L’Encre Noire est certainement une oeuvre étonnante au processus de création riche, mais qui manque de peu la cible.

Élie Michaud-A.

Auteur Élie Michaud-A.

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