L’émancipation à l’âge ingrat

(Crédit photo: François Godard)

L’organisme Théâtre Tombé du Ciel a pour mission de rendre le théâtre plus accessible et de permettre aux jeunes travailleurs du milieu de questionner et valider leurs oeuvres.  La pièce Temps Zéro, écrite par Marc-André Brunet et mise en scène par Charles Dauphinais, est la première production s’adressant à un public de 15 ans et plus créée par l’organisme. Temps Zéro est davantage un spectacle pour les adolescents, bien qu’elle dit s’adresser aussi à un public plus âgé.  La pièce est de style ‘road movie’, à la ‘‘Thelma et Louise’’, sauf que personne ne saute du haut d’un ravin.

Joakim Robillard interprète Daniel, un jeune homme ayant le coeur à la dérive. C’est à une fête de réveillon du Nouvel An avec ses amis que sa copine le quitte alors qu’il venait tout juste de lui ouvrir son coeur. Daniel, embrumé par ses ressentiments, décide de prendre la route sans  trop savoir où elle le mènera.

Ariane Castellanos joue quant à elle Annie, une jeune femme prête à tout afin de  se rendre en Colombie-Britannique, par le biais, entre autres, de son pouce levé aux bords des routes canadiennes. Castellanos est excellente: elle donne vie à la pièce. On croit toutes ses lignes, toutes ses prises de nerfs, ses blagues et ses rires. Son personnage d’Annie est également très attachant: il s’agit d’une jeune femme audacieuse ayant du caractère, sur qui un petit malheur vient de tomber.

C’est sur la route, alors que Daniel se sauve du mieux qu’il peut de sa séparation, les deux mains (ou pas) sur son volant, qu’il accepte de faire un bout de chemin avec la libre et révoltée Annie. À partir de ce moment, il se crée entre eux une complicité. Ils se partagent leurs tracas et leurs appréhensions à l’égard de ce qui se prépare pour eux.

La pièce reflète bien les problèmes auxquels font face les adolescents: les peines d’amour, les parents accaparants qui ne souhaitent que le bonheur de leur progéniture, le désir d’être  comme les autres et l’intimidation. S’il y a bien une chose qui me rejoint dans cette pièce et qui, j’imagine, peut rejoindre plusieurs autres personnes, c’est de voir les problèmes, qui avec l’âge semblent banals, se présenter aux personnages comme une grosse montagne qu’ils ne se sentent pas aptes à affronter.

Temps Zéro est assez simple et linéaire. Toutefois, quelques scènes semblent superflues: elles n’ajoutent aucune valeur à l’histoire, et causent parfois un bris de continuité dans la pièce. Le décor dynamique, que les acteurs s’approprient à merveille, et les projections d’images interactives sont très agréables. Ils facilitent l’immersion du public dans l’histoire.

Il s’agit assurément d’une pièce s’adressant à un jeune public et permettant aux plus âgés de replonger dans le monde de celui-ci, surtout d’y replonger à une ère d’instantanéité, où la vie privée et la vie sociale empiètent l’une sur l’autre et sont exposées aux yeux de tous. Temps Zéro entre dans le type de contenu que l’on retrouve à Vrak, tout en rendant accessible l’art vivant à un public qui est beaucoup, peut-être même trop, numérique.

La pièce de l’organisme Théâtre Tombé du Ciel, Temps Zéro, est présentée au Théâtre Denise Pelletier jusqu’au 1er décembre dans la salle Fred-Barry.

Alexane Anglehart

Auteur Alexane Anglehart

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