La trilogie musicale de Pierre Lapointe complétée en douceur

Photo: John Londono

Dans un exercice de création tout simplement unique, l’artiste d’Alma a décidé de réaliser trois opus de styles musicaux différents et de les étaler sur trois ans. Après La science du coeur en 2017 et Ton corps est déjà froid en 2018, c’est un Pierre Lapointe attendri qui a présenté Pour déjouer l’ennui le 15 octobre au Club Soda, devant une foule attentive et détendue.

Disponible dès le 18 octobre en ligne et en magasin, cet album est diamétralement opposé au côté agressivement rock de Ton corps est déjà froid et à la lignée orchestralement grandiose de La science du coeur. En effet, accompagné d’un ensemble d’instruments à cordes (guitares, contrebasse, piano) et de percussions, Lapointe offre une mouture tout en douceur qui rappelle parfois la musicalité de Leonard Cohen lorsqu’il chantait Dance Me to the End of Love. On reconnaît même des sons à saveur latine-américaine ou espagnole dans le rythme des guitares.

On y retrouve par contre sensiblement les mêmes thèmes auxquels nous a habitués l’animateur du prochain Premier Gala de l’ADISQ : l’amour, la nostalgie, la sexualité, etc… À travers les histoires que Lapointe racontait sur l’élaboration de la création du disque, on sentait une nostalgie probante ; cela fait déjà trois ans que certains de ces morceaux ont été créés. 

Les collaborateurs, qui sont souvent des « amis extraordinaires » de Lapointe, selon son propre aveu, sont particulièrement nombreux sur cet album. Des auteurs-compositeurs de renom tels que Daniel Bélanger (Vivre ma peine), Clara Luciani (Qu’est-ce qu’on y peut?, duo chanté), Hubert Lenoir et Julien Chiasson (Pour déjouer l’ennui) ainsi que Félix Dyotte (Un coeur qui saigne et Amour bohème) ont tous collaboré à la composition et/ou à l’écriture de cet album, à la demande de Pierre Lapointe. « Un coeur qui saigne » est le même texte qu’« Un coeur » dans La science du coeur, puisque Lapointe avait envoyé le même texte à Félix Dyotte et David François Moreau. Les deux versions l’ayant charmé, il les a toutes deux conservées.

L’artiste de la soirée a par ailleurs rendu hommage à l’auteur-compositeur-interprète Philippe B, à qui il a demandé pour la première fois de sa carrière de composer une pièce de A à Z : Vendredi 13, la dernière chanson de l’opus.

Le réalisateur du disque, Albin de la Simone, a également participé à la conception de la partition musicale de plusieurs chansons dont Le monarque des Indes. Cette dernière, qui raconte l’histoire d’amants homosexuels, a occasionné un moment d’une tendresse inusitée, alors que de la Simone, hétérosexuel de son propre aveu, s’est plongé dans la réalité d’un homosexuel, selon Lapointe. Celui-ci a raconté qu’il se devait, dans sa jeunesse, de s’imaginer dans une relation hétéronormative et que son acolyte, dans le processus, a dû subir l’inverse. 

Donnant l’envie de danser près de sa douce moitié, cet album, musicalement intrigant, ajoute une autre corde à l’énorme arc de Pierre Lapointe, qui continue de tracer la voie des révolutionnaires musicaux québécois.

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