La réussite d’Oslo

(Crédit photo: Théâtre Jean-Duceppe)

Ancrée dans un contexte social et historique complexe, la pièce Oslo, présentée par le théâtre Jean Duceppe, raconte la naissance des accords d’Oslo, premières ébauches de paix entre le gouvernement israélien et les autorités palestiniennes dans les années 1990, et ce, ayant prises forme de manière secrète en Norvège, en parallèle des canaux de négociation officiels. Écrite par J.T. Rogers et récipiendaire du Tony Award de la meilleure pièce en 2016, Oslo réussit à nous garder en haleine jusqu’à la fin.

Mettant en vedette Isabelle Blais et Emmanuel Bilodeau dans le rôle du couple de Norvégiens initiant le contact entre les Israéliens et les Palestiniens, Oslo rend ce conflit qui nous semble lointain et inatteignable en quelque chose de concret et d’imminent. « Chez nous, parler avec le diable, c’est devenir le diable ». Cette phrase, annoncée par Ahmed Qoreï (Manuel Tadros),  résume bien la prémisse selon laquelle les deux clans refusent catégoriquement les négociations.

Basé sur des événements s’étant réellement déroulés, un sentiment de tension est présent tout au long de l’oeuvre, subsistant même pendant l’entracte. Malgré le fait que la fin de la pièce soit déjà connue, le conflit israélo-palestinien perdure. On se surprend à espérer tout de même un revirement de situation, à se faire annoncer que les tensions sont finalement terminées.

Alors que l’action démarre lentement, les musiciens sur scène apportent une certaine légèreté et un élément de divertissement non négligeable qui viennent balancer l’apport important d’informations transmises au public dans les premières minutes de la pièce. L’humour des dialogues vient aussi désamorcer, à certains moments clés, l’ambiance qui peut devenir lourde, étant donnée la complexité du sujet.

Mention spéciale au jeu des acteurs, qui, sans exception, ont tous été crédibles. Malgré le fait que plusieurs parmi  eux incarnent quelques personnages, jamais il n’y a eu de confusion dans la salle. Les émotions, souvent à fleur de peau, sonnent toujours sincères. La direction des acteurs est une belle réussite.

La mise en scène d’Édith Patenaude est aussi fortement agréable. Relativement simple, elle arrive pourtant à situer clairement les actions tout en laissant assez de latitude à l’audience pour s’en faire une idée propre. Avec une  dizaine de classeurs sur scène, ainsi que des estrades, le décor est à la fois froid et impersonnel, tout en faisant en sorte de conserver le caractère secret de la négociation des accords.

Somme toute, cette pièce est non seulement remplie de suspense, mais elle est aussi drôle et attachante. Alors qu’on veut voir les deux clans s’unir, la réflexion qu’Oslo apporte est nécessaire dans un contexte où le conflit israélo-palestinien est encore d’actualité. Brillante réussite pour l’ouverture de la saison chez Duceppe, il est clair que cette pièce n’a pas fini de faire parler d’elle.

Claudine Giroux

Auteur Claudine Giroux

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