La face cachée de la Lune: l’universalité de la solitude

Le théâtre Jean-Duceppe présentait, jeudi le 4 avril, la première de la nouvelle mouture de la classique La face cachée de la Lune de Robert Lepage.

Auparavant joué par Lepage, lui-même, il a, cette fois-ci, confié la tâche énorme d’interpréter ce monologue sibyllin à Yves Jacques, un vétéran aguerri de la scène. Dans une mise en scène époustouflante, l’acteur a su rendre justice à cette oeuvre phare du théâtre québécois, adaptée cinématographiquement en 2003.

La face cachée de la Lune exhibe la relation hasardeuse entre deux frères aux personnalités et vies antipodiques. Ils sont réunis ultérieurement, lors du décès de leur mère, pour vider l’appartement de cette dernière et pour s’attribuer ses possessions. André, calfeutré dans la vanité et la luxure, est rapidement prêt à tourner la page et à se blottir dans son quotidien douillet de présentateur météo. À l’opposé, cet événement tragique ne fait que nourrir la perpétuelle remise en question de Philippe, son aîné. Celui-ci, les pieds au sol, mais la tête parmi les astres, tente pour une troisième fois de faire approuver son projet de doctorat, qui traite du rôle névralgique du narcissisme dans la course à la Lune entre les Américains et les Soviétiques.

Alors que la Search for Extra-Terrestrial Intelligence (SETI), un organisme de recherche scientifique, organise un concours pour envoyer quelques vidéos amateurs dans l’espace, Philippe se sent particulièrement interpellé. Il procède donc à l’élaboration de courts clips au paroxysme de l’authenticité: il explique aux extraterrestres son quotidien banal dans son petit appartement en leur parlant sur un ton familier.

Robert Lepage appose sa signature avec autorité sur ce spectacle de 2h10. Utilisant des projections audiovisuelles, des panneaux amovibles et des accessoires somme toute minimalistes, le metteur en scène rend les planches complètement malléables et les modifie à sa guise au cours de la pièce. Le jeu de miroir omniprésent permet même au spectateur de participer au décor et de  se confronter à ses propres réflexions.

Lepage et Jacques travaillent de concert pour présenter l’événement théâtral de l’année au Québec. Il est difficile de trouver des failles à cette oeuvre complexe et épurée à la fois. Ce n’est guère un hasard qu’elle a déjà été présentée aux quatre coins du globe: les concepts étalés d’une universalité inégalable frappent l’imaginaire de quiconque assistant à cette pièce.

La face cachée de la lune met en corrélation deux réalités opposées, mais ô combien reliées: la petitesse de notre vie et l’immensité de l’univers. Inévitablement, elle soulève aussi les questionnements existentiels les plus classiques qui soient. Quel est le sens de la vie? Comment concevoir ou accepter la notion de l’infinitude? Qu’est-ce qui nous attend après la mort? Mais surtout… avons-nous le courage de se poser ces questions?

La face cachée de la lune sera présentée au Théâtre Jean-Duceppe jusqu’au 11 mai.

Félix Desjardins

Auteur Félix Desjardins

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