Kink: rencontre éphémère avec une communauté inconnue

(Crédit Photo: photo tirée du site web de l’Espace Libre)

C’est vendredi soir, je sors péniblement de chez moi après avoir été fouettée par la fatigue de mi-session accumulée depuis deux semaines. Je me rassure en me disant qu’au moins, je suis vraiment intriguée par ce que je m’en vais voir. Au programme ce soir: Kink, une expérience performative et théâtrale produite par deux adeptes du BDSM (bondage, domination, sadisme, masochisme), présenté à l’Espace Libre. Oui, oui vous avez bien lu, BDSM. Sexy, non ?

À peine entré dans le vestibule du théâtre, on peut apercevoir un corps allongé sur une table, recouvert de latex bleu poudre, autour duquel les gens se racontent leur semaine, verre à la main, complètement obtus à l’absurdité de la situation. Une fois entrée dans la salle, j’aperçois sur scène une femme aux yeux bandés, assise immobile sur un cube de bois. Sachant que le terme ”expérience performative” veut aussi dire participation active des spectateurs, je m’exile au fond d’une rangée, terrifiée à l’idée de me retrouver sous le feu des projecteurs.

Durant 1h30, les interprètes, oscillant entre l’humour, la poésie et l’action concrète, nous livrent leurs secrets, leurs fantasmes et surtout, démystifient pour nous les tenants et aboutissants des pratiques BDSM. Avec brio, et surtout avec douceur, ils nous confrontent à nos propres préjugés, sans jamais être malicieux. En donnant un visage et la parole à ces pratiques, Pascale Saint-Onge et Frédéric Sasseville-Painchaud humanisent un fétiche qui peut parfois sembler tellement inaccessible pour “monsieur-madame tout le monde”. À travers leur discours, cette excitation pour la douleur, la peur et les jeux devient palpable et accessible. Ils ne mâchent pas leurs mots, mais ne tombent jamais dans la vulgarité. Pour un spectacle sans nudité, la vulnérabilité des artistes laisse totalement le spectateur sans voix . On est loin des romans-savons 50 shades of Grey, je vous le jure.

Malgré la performance solide des interprètes, je dois dire que ce qui fait réellement sortir ce spectacle de l’ordinaire, c’est la participation demandée au public. Pascale et Frédérique, insistant toutefois sur la notion de consentement, invitent les spectateurs à participer au déroulement de la soirée avec une phrase toute simple, presque innocente: “Veux-tu jouer avec moi ?”. Au début, c’est avec incertitude que le public se laisse porter par les interprètes, mais plus le spectacle avance, plus les tabous tombent. C’est véritablement surprenant de voir à quel point les gens décident de sauter, à pieds joints, dans l’univers du spectacle, par la parole ou l’acte. C’est donc un réel partage qui se produit entre les interprètes et le public, une cohésion rare au théâtre alors que la scène et la salle sont la plupart du temps deux mondes séparés.

Ici, le 4e mur n’existe plus. Ce n’est plus chacun pour soi. En l’espace d’une heure et demie, interprètes et public créent un espace étranger, mais chaleureux, un monde à part où l’important c’est peut-être de se poser cette seule question: pis toi, c’est quoi ton safe word ?

Pour les curieux, le spectacle à l’affiche jusqu’au 27 octobre

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