Je m’appelle humain: poésie de la survivance

La joie tranquille qui se dégage de chaque scène, les images grandioses de territoires isolés et le sujet d’importance vitale du documentaire Je m’appelle humain ont valu à sa réalisatrice, Kim O’Bomsawin, le Prix collégial du cinéma québécois 2021.

D’abord présenté à l’occasion de quelques festivals à l’automne 2020, le film suit la poétesse innue Joséphine Bacon au fil d’escales dans divers lieux importants de sa vie. De Montréal, où elle habite, au beau milieu de la toundra, les rires de Joséphine Bacon guident le spectateur entre les anecdotes, les poèmes et les amitiés qu’elle partage librement à la caméra.

Chiche en informations, le documentaire Je m’appelle humain se construit surtout autour d’une réflexion sur l’Histoire et sa transmission. Celle qui écrit aussi bien en français qu’en innu raconte avec charisme et sensibilité le parcours d’éducation à la culture des Premières Nations qu’elle a elle-même suivi, ayant passé la majeure partie de sa jeunesse dans un pensionnat autochtone. Profitant des rencontres entre Joséphine Bacon et ses proches pour partager connaissances ancestrales et anecdotes personnelles, le film tisse habilement le portrait de la poétesse et de ses convictions.

La passion qu’a Joséphine Bacon pour sa culture et l’ardeur qu’elle met à la partager transparaissent dans chacune de ses interventions. Difficile de ne pas être touché par sa poésie, qui accompagne plusieurs des plans aériens du film, et par le bonheur évident qui l’envahit lorsqu’elle retrace les pas ancestraux de la nation innue. La réalisatrice Kim O’Bomsawin parvient à livrer un récit plein d’espoir, là où d’autres auraient pu s’en tenir à une tragédie.

Le montage sonore, qui comprend une douce trame musicale, et les couleurs fascinantes de la toundra font de Je m’appelle humain un film agréablement lumineux. Les quelques longueurs qui parsèment le long métrage s’oublient vite pour laisser une place appréciable à la réflexion et à l’intégration du message qui ressort de l’œuvre, soit un appel à la préservation de la mémoire autochtone. La vie et l’œuvre de Joséphine Bacon, dans ses propres mots une « survivante d’un récit qu’on ne raconte pas », sont désormais conservées sur papier et en images. Une brique de plus qui s’ajoute au travail lent, mais bien entamé, de la passation de la culture autochtone au Québec.Je m’appelle humain sort en salle le 16 avril prochain dans quelques cinémas sélectionnés. 

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Auteur Mathilde Cloutier

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