Hidden Paradise : La quête du sens

(Crédit photo: Maxime-Robert Lachaine)

Ils sont deux sur scène. Un homme et une femme. Entre eux se trouve une radio qui répète une entrevue vieille de trois ans. On n’y comprend pas grand-chose. Bref, on y parle des paradis fiscaux.

Dans la salle de La Chapelle, Alix Dufresne et Marc Béland reprennent, dans Hidden Paradise, le verbatim d’une entrevue menée par Marie-France Bazzo avec l’économiste Alain Deneault sur les ondes de Radio-Canada. Les deux comédiens ont tenté d’illustrer visuellement et émotionnellement la problématique abstraite des paradis fiscaux.

Cette performance, séparée en cinq blocs, plonge le spectateur dans une absurdité qui s’épaissit de minute en minute.

Perdre le Nord

Dans un premier temps, après la diffusion de l’entrevue, le corps des interprètes commence à bouger étrangement alors qu’ils déclament mot pour mot les propos tenus par les protagonistes. Ces enchaînements de mouvements provoquent des éclats de rire malaisés, dans la salle.

Après quelques minutes, ils reprennent le tout en récitant leur texte rapidement. Il devient incompréhensible aux oreilles des spectateurs. L’angoisse monte. Pour se calmer, la salle continue de rire.

Soudain, la pièce est plongée dans la noirceur. Dans un faible faisceau de lumière, nous apercevons Alix Dufresne reprenant les questions posées par Marie-France Bazzo à un Marc Béland couché, passif, qui lui répond par un silence accompagné de bruits de criquets.

La finale arrive comme un coup de poing alors que le corps de Marc Béland se distord au même rythme que la voix d’Alain Denault. La sueur qui coule sur son torse est synonyme de souffrance.  Alix Dufresne bouge avec violence avant que la pénombre n’envahisse la scène.

Le décor épuré, composé d’un simple tapis déroulé au début de la performance par les comédiens, a permis de mettre en valeur leurs mouvements.

Problématique incomprise

À force d’être confronté à des scénarios de plus en plus étranges, il peut être difficile de bien saisir le propos amené par la performance.

Or, le néant semble être le but premier des concepteurs de Hidden Paradise. Il permet d’illustrer concrètement l’incompréhension de la population vis-à-vis la problématique des paradis fiscaux.

De plus, l’épuisement physique qu’éprouve Marc Béland en reprenant les explications d’Alain Denault montre les efforts vains que mettent les experts en tentant de sensibiliser le public à la question.

Donc, qu’on nous l’explique clairement ou de manière complètement incohérente, le résultat demeure le même : on ne comprend rien, mais le malaise prend toute la place. Hidden Paradise suscite autant de questions que de réponses tout en ouvrant une réflexion sur le pouvoir et la justice. Il sera joué à La Chapelle du 29 octobre au 6 novembre.