Frisson garanti devant «Les Serpents»

Crédit photo: Caroline Laberge

Après la dénonciation des Femmes pour l’Équité au Théâtre en 2016 sur le manque de place attribué aux artistes féminines québécoises au théâtre, l’Espace Go a décidé de prendre les choses en main. De là naît la collaboration avec le Théâtre de l’Opsis sur le Cycle des territoires féminins (une séquence d’oeuvres qui projettent le point de vue de femmes par des femmes). L’autrice Marie NDiaye signe la première pièce du Cycle avec Les Serpents, où se côtoient des personnages frustrants dont les dialogues créent un malaise puissant chez le public.

Les Serpents, c’est trois femmes qui ont toutes un lien avec le même homme violent : France/la femme (Rachel Graton), Mme Diss/la mère (Isabelle Miquelon) et Nancy/l’ex-femme (Catherine Paquin-Béchard). Elles se retrouvent toutes le 14 juillet en France devant le foyer de l’homme, une maison de campagne située au beau milieu d’un champ de maïs. La première tente d’être l’intermédiaire entre son mari et les autres femmes, la deuxième vient emprunter de l’argent et la dernière désire comprendre la mort de son fils.

C’est frustrant de voir ces femmes, immobiles et impuissantes devant le pouvoir de cet homme physiquement absent, mais lourdement présent symboliquement. La pièce est structurée de manière narrative plutôt statique : les femmes se contentent de se remémorer des moments passés ou d’évoquer des possibilités futures. Les spectateurs sont tenus en haleine alors que, petit à petit, des éléments tout aussi choquants les uns que les autres sont dévoilés. Les rires francs du début se transforment progressivement en rictus de malaise.

La mise en scène sobre de Luce Pelletier laisse toute la place au texte. C’est d’ailleurs la mission que s’est donnée la compagnie du Théâtre de l’Opsis, celle de mettre la lumière sur le texte et le jeu des acteurs et actrices. Les comédiennes bougent très peu durant les dialogues, qui emplissent la scène. L’éclairage est l’unique porteur de l’ambiance et change la couleur de la toile en arrière-scène, mais il est évident que la scénographie ne sert qu’à créer une impression de lieu et se veut le plus dépouillée possible. 

Somme toute, cette pièce laisse les spectateurs sous le choc d’un raz-de-marée de questionnements et de contradictions personnelles. Philosophiquement et psychologiquement chargée, cette pièce ne laisse définitivement personne indifférent. 


Les Serpent du 12 novembre au 7 décembre à l’Espace Go : Texte : Marie NDiaye Mise en scène : Luce Pelletier Avec Rachel Graton + Isabelle Miquelon + Catherine Paquin-Béchard Assistance à la mise en scène : Claire L’Heureux Décor : Francis Farley-Lemieux Costumes : Caroline Poirier Lumière : Marie-Aube St-Amant Duplessis Musique : Catherine Gadouas Dramaturgie : Myriam Stéphanie Perraton-Lambert Une production du Théâtre de l’Opsis, avec la collaboration d’ESPACE GO

Laisser un commentaire